
Que peut-on donner à manger aux vers de terre dans son lombricomposteur ?
Les vers de compost ne sont pas difficiles : ils acceptent une grande diversité de déchets biodégradables. Mais certains aliments favorisent leur travail quand d'autres peuvent déséquilibrer le milieu, ralentir la décomposition ou générer de mauvaises odeurs. Voici comment bien les nourrir.
La règle de base
Avant de jeter un déchet dans votre lombricomposteur, posez-vous deux questions : ce déchet est-il biodégradable — se décomposerait-il naturellement s'il était laissé dans la nature ? — et est-il d'origine végétale ? Si les deux réponses sont oui, il peut très probablement être recyclé par vos vers. Les exceptions notables : les agrumes et les oignons, à limiter malgré tout. De façon générale, plus l'apport est varié, meilleures sont la santé de l'écosystème de votre lombricomposteur et la qualité du lombricompost obtenu.
Un point essentiel à comprendre : les vers de compost ne mangent que de la matière déjà entamée par la décomposition, jamais des végétaux frais et vivants. Contrairement à une limace, qui s'attaque directement aux feuilles ou aux fruits encore sur pied dans votre potager, un ver de compost a besoin que les micro-organismes aient déjà commencé leur travail avant de pouvoir s'en nourrir. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il est conseillé de laisser vos déchets légèrement faner quelques jours avant de les apporter : les vers n'en digéreront que mieux.
Ce que les vers adorent, les déchets azotés
Sans restriction
La grande majorité des fruits et légumes, épluchures comprises — les vers adorent le sucre ; en été, enfouissez-les sous les autres déchets pour ne pas trop attirer les moucherons.
Fruits et légumes abîmés, trop mûrs, voire déjà pourris ou moisis — c'est même encore mieux : la décomposition a déjà commencé, exactement ce que recherchent vos vers (nous détaillons le rôle des moisissures et des autres organismes utiles dans notre fiche La vie dans un lombricomposteur).
Céréales, farine (blé, maïs, riz, avoine...) — à saupoudrer en fine couche plutôt qu'en tas épais, pour éviter tout risque de fermentation et de montée en température ; évitez en revanche les farines de fruits à coque (amande, noisette...), plus grasses.
Marc de café, avec le filtre ou la dosette en papier — les vers mangent aussi bien le marc que la dosette ; évitez en revanche les dosettes en aluminium, qu'ils ne digèrent pas ;).
Sachets de thé — les vers digèrent le sachet, la ficelle et l'étiquette ; retirez simplement l'agrafe métallique si le sachet en comporte une.
Pétales de fleurs, fleurs fanées — évitez toutefois les branches et tiges de rosier, trop longues à se décomposer.
Avec modération, en petite quantité
Ce n'est pas ce que les vers préfèrent, mais vous pouvez leur en donner en quantité raisonnable.
Pain, croûtons, croûtes de pizza — en petite quantité, à cause de la levure : tant qu'elle trouve de l'humidité et de la chaleur, elle continue de fermenter, ce qui peut créer une petite montée en température locale et attirer davantage les moucherons. Les croûtons de pain sec en fin de repas sont un bon format à leur donner.
Riz nature, pâtes nature (sans huile ni assaisonnement, restes de fin de cuisson).
Poils et cheveux — un peu plus longs à se décomposer.
Plus les déchets sont coupés petit, plus la surface de contact avec les bactéries est grande, et plus la décomposition puis la transformation en compost sont rapides.
Un point souvent oublié : les vers n'ont pas de dents. C'est pourquoi il est important de couper les déchets en petits morceaux, d'environ 4 à 5 cm, en particulier les plus durs à décomposer comme la peau de melon. À l'inverse, certains déchets comme la peau de banane se décomposent si rapidement qu'il n'est pas nécessaire de les couper avant de les apporter. Les vers compensent en partie cette absence de dents grâce aux coquilles d'œufs broyées : une fois avalées, leurs petits fragments jouent le rôle de dents dans l'estomac du ver, lui permettant de cisailler et de broyer la matière de l'intérieur.
Le régulateur d'acidité
Réguler l'acidité de votre lombricomposteur une fois par semaine est l'un des gestes les plus importants pour la santé de vos vers. Votre litière a naturellement tendance à s'acidifier : certains déchets, comme les tomates, fermentent et acidifient le milieu en se décomposant. Or les vers apprécient de vivre dans un pH neutre, entre 7 et 8 — sans régulation régulière, il peut descendre jusqu'à 4 ou 5, un niveau que les vers supportent mal.
Coquilles d'œufs broyées — broyées simplement à la main, comptez l'équivalent de trois œufs par semaine dans le plateau actif. Réduites en poudre (broyeur, mixeur, moulin à café ou pilon), une seule cuillère à soupe par semaine suffit : plus elles sont finement broyées, plus vite elles agissent sur l'acidité, car les vers ne les mangent pas — ce sont elles qui se dissolvent au contact du milieu, pas l'inverse.
RegulaWorm — notre mélange chaulé 100 % naturel, qui agit en 5 minutes. Une bonne alternative si vous êtes vegan ou ne consommez pas d'œufs : comptez une cuillère à soupe par semaine.
Retrouver des morceaux de coquille d'œuf non dissous dans le lombricompost n'est pas un défaut : c'est même un bon signe, celui d'un milieu qui n'est pas acide.
Les matières carbonées, indispensables régulateur d'humidité
Au-delà des déchets de cuisine, il est important d'ajouter régulièrement des matières carbonées : elles apportent le carbone nécessaire au développement des bactéries, régulent l'humidité en absorbant une partie de l'eau libérée par les déchets organiques, et fournissent des fibres utiles aux vers. Comptez 50 % de matière carbonée dans le total de ce que vous apportez, en petits morceaux de 3 à 4 cm.
Papier blanc, sachets en papier, sac kraft — si imprimé, préférez les encres noires ; évitez en revanche les prospectus, magazines et autres impressions aux encres lourdes ou au vernis plastifié, ainsi que les photos imprimées chez vous en pleine page.
Carton brun ou blanc — boîtes d'œufs (même colorées, c'est de l'encre alimentaire), rouleaux de papier toilette et d'essuie-tout, ou colis avec une impression légère comme ceux de Cdiscount ou Amazon : la colle du carton est d'origine végétale, sans danger pour les vers.
Essuie-tout et mouchoirs en papier — à condition qu'ils ne soient pas souillés de matières grasses ou de produits de synthèse ; même utilisés lors d'un rhume, ils ne posent pas de problème, le passage dans l'intestin du ver réduisant fortement (plus de 90 %) les bactéries qu'ils peuvent contenir.
Paille et foin.
Copeaux et sciure de bois non traité — évitez les essences résineuses (sapin, pin, cèdre) fraîches ou riches en sève : leurs huiles aromatiques peuvent irriter les vers ; préférez un bois non résineux, bien sec.
Litière végétale pour NAC ou chat — vérifiez simplement qu'elle ne contient pas de produit chimique absorbeur d'odeurs.
Feuilles mortes et sèches.
Fibre de coco, tapis de chanvre — c'est le même principe que le tapis d'humidification que nous présentons dans notre fiche Comment démarrer votre lombricomposteur : une fois dégradé, il peut d'ailleurs être émietté et compté comme apport carboné.
Substrat carboné prêt à l'emploi — notre mélange déjà préparé, pratique si vous manquez de temps ou de matière carbonée sous la main.
Ce qu'il vaut éviter
Fruits et légumes
Noyaux — ne se dégradent pas. Les pépins et petites graines n'ont en revanche pas ce problème : dans un lombricompost aussi riche, ils germent facilement, et les jeunes pousses qui en sortent sont ensuite dévorées par les vers dès le mélange hebdomadaire suivant.
Épluchures de pommes de terre — leur toxicité vient de la solanine, un glycoalcaloïde concentré dans la peau, dont la teneur varie selon la variété, l'exposition à la lumière et le stade de germination du tubercule. Faites le test avec une ou deux épluchures : si elles sont encore intactes après une dizaine de jours, vos vers n'en veulent pas ; si elles ont disparu, vous pouvez continuer à leur en donner sans problème.
Peau épaisse et noyau d'avocat — se décomposent très lentement, sauf si vous les broyez finement.
Oignon, ail, échalote, feuilles et tiges de rhubarbe, graines de courge et de courgette — propriétés vermifuges qui perturbent les vers.
Agrumes (citron, orange, clémentine, pamplemousse...) — acidifient le milieu.
Ananas — acidifie le milieu en fermentant.
Fruits à coque (noix, noisettes, amandes, cacahuètes, noix de cajou, pistaches, noix de pécan...) ainsi que leur coque et leur pellicule — se décomposent très lentement, sauf si vous les mixez.
Champignons, poireau — à éviter surtout les premiers mois, le temps que la colonie de vers soit bien installée et que les bonnes bactéries se développent ; ils peuvent ensuite être réintroduits en petite quantité.
Produits animaux
Viande, poissons et crustacés — toxiques pour les vers ; les protéines animales produisent en plus de l'ammoniac en se décomposant, à l'origine de mauvaises odeurs.
Os et arêtes — toxiques pour les vers et ne se dégradent pas.
Produits laitiers — toxiques pour les vers : leur matière grasse bloque l'oxygène et ralentit la décomposition, comme les huiles (voir plus bas), tandis que la fermentation du lactose acidifie rapidement le milieu et peut fragiliser toute la colonie.
Œufs entiers, blanc et jaune — dégagent de mauvaises odeurs en se décomposant (à ne pas confondre avec les coquilles broyées, à privilégier — voir plus haut).
Déjections d'animaux — dégagent de mauvaises odeurs et peuvent contenir des résidus de vermifuges. Certains de nos clients les utilisent avec succès pour leurs toilettes sèches : les vers de fumier, comme l'Eisenia (l'espèce même de nos vers de compost), les digèrent très bien. Nous le déconseillons en revanche si votre lombricomposteur se trouve à l'intérieur de la maison, à cause des odeurs.
Matières grasses
Huile, beurre, margarine, mayonnaise, fritures, plats préparés à plus de 5 % de matière grasse — toxiques pour les vers ; en se collant à leur peau, ces produits empêchent aussi l'air de la traverser et risquent de les asphyxier.
Autres produits de cuisine
Épices et plantes aromatiques fraîches — toxiques pour les vers à l'état frais (une fois utilisées en cuisine ou en infusion, voir plus bas).
Résidus salés et vinaigrés — par osmose, le sel aspire l'eau à travers la peau perméable des vers et les déshydrate (le même mécanisme qui tue les limaces à l'air libre) ; le vinaigre, très acide, fait chuter le pH bien en dessous du seuil neutre que recherchent vos vers (voir notre régulateur d'acidité plus haut).
Cendres, sable et bois
Cendres, charbon — très alcalines et caustiques, les cendres peuvent littéralement brûler la peau sensible des vers et faire grimper le pH bien au-dessus du seuil neutre recherché, à l'inverse du problème d'acidité (voir notre régulateur d'acidité plus haut) ; le charbon de barbecue contient en plus souvent des liants (amidon, paraffine) ou des résidus d'allume-feu.
Sable — n'apporte rien aux vers et peut déséquilibrer le milieu.
Bois (bûches, morceaux bruts) — se décompose très lentement, à distinguer des copeaux et de la sciure, très utiles comme matière carbonée (voir plus haut).
Produits du jardin et de la maison
Tonte de gazon fraîche, herbe ou feuilles vertes tout juste coupées, en grande quantité — dégagent de mauvaises odeurs en fermentant : comme rappelé plus haut, vos vers ne mangent que de la matière déjà entamée par la décomposition, jamais du végétal frais et vivant.
Tabac, cigarettes.
Matière biodégradable ou plastique dit compostable — la plupart de ces plastiques, souvent à base d'amidon de maïs (comme le PLA), ont besoin d'une température soutenue d'environ 58°C pendant plusieurs semaines pour se décomposer réellement. Un lombricomposteur domestique n'atteint jamais ces températures, mais un composteur de jardin classique non plus dans la grande majorité des cas (il plafonne en général autour de 20 à 30°C) : seules les plateformes de compostage industriel y parviennent de façon fiable. Le geste le plus sûr reste de les déposer dans votre bac de collecte des biodéchets s'il est envoyé vers ce type de plateforme, plutôt que dans votre lombricomposteur ou même votre compost de jardin.
Plastique et produits non biodégradables ou synthétiques.
Poussière de maison — peut contenir des résidus de produits ménagers ou synthétiques, mais aussi des cailloux, des acariens ou d'autres petites bêtes qui n'ont rien à faire dans votre lombricomposteur.
Plantes malades — les spores, bactéries et virus peuvent survivre au lombricompostage, qui ne monte pas assez en température pour les neutraliser (contrairement à un compost chaud à plus de 55°C) ; en épandant ensuite votre lombricompost, vous risqueriez de recontaminer votre jardin.
Litières d'animaux usagées — celles à base minérale (argile, silice) ne se décomposent pas ; celles à base végétale posent problème une fois souillées, à cause de l'ammoniac des urines et, pour la litière de chat en particulier, du parasite responsable de la toxoplasmose, que les températures d'un lombricomposteur domestique ne suffisent pas à neutraliser. À distinguer de la litière végétale propre et non utilisée, qui est au contraire une bonne matière carbonée (voir plus haut).
Déchets végétaux provenant de l'extérieur — tontes, feuilles ou mauvaises herbes ramassées au jardin : elles peuvent transporter des indésirables (limaces, insectes, œufs de nuisibles), des graines de mauvaises herbes qui germeront, voire des résidus de traitement si la zone n'est pas la vôtre ; réservez-les plutôt à un compost de jardin classique, plus adapté à ce type de matière.
Faut-il attendre que les précédents déchets disparaissent ?
Pas nécessairement : les déchets les plus récents commencent à être décomposés par les bactéries pendant que les vers se nourrissent des plus anciens, et ainsi de suite. C'est un processus continu plutôt qu'une succession de lots bien séparés — nous détaillons cependant comment ajuster le rythme des apports dans notre fiche Comment démarrer votre lombricomposteur
Quelques bons réflexes lors du dépôt des déchets
Le réflexe le plus important : à chaque apport, mélangez vos déchets dans une proportion 50 % de déchets azotés (épluchures, restes de cuisine...) pour 50 % de matière carbonée (carton, papier...). C'est cet équilibre qui évite les mauvaises odeurs, régule l'humidité et garantit une décomposition rapide.
Le marc de café est un excellent structurant pour le lombricompost : ses particules servent littéralement de meule dans l'estomac des vers et facilitent leur digestion, tout en ayant un effet positif sur leur reproduction. Si vous broyez vos coquilles d'œufs pour votre régulateur d'acidité hebdomadaire (voir plus haut), laissez-les d'abord sécher deux ou trois jours : elles s'émietteront beaucoup plus facilement, et apportent au passage du calcium, utile à la production de cocons.
Pour limiter l'effet acidifiant de certains déchets, faites sécher vos agrumes quelques jours avant de les introduire. Les plantes aromatiques comme le thym, le romarin ou la lavande ne doivent pas être mises pures dans le lombricomposteur, mais peuvent y aller après utilisation — en infusion ou en cuisine — une fois que la plupart des molécules potentiellement nocives pour les vers ont disparu.
Le bon équilibre carbone/azote et pH
Nos déchets de cuisine sont souvent trop riches en azote par rapport au carbone : c'est justement pour compenser ce déséquilibre que les apports carbonés sont si importants. Si vous disposez d'un moyen de mesurer l'acidité (un testeur de pH par exemple), sachez que le mélange doit rester à un pH neutre, entre 7 et 8 — c'est tout l'enjeu du régulateur d'acidité hebdomadaire présenté plus haut.
Adopter une routine hebdomadaire
Une fois par semaine, prenez l'habitude de mélanger légèrement le plateau actif — le plateau du haut, juste sous le couvercle, celui où vous déposez vos déchets frais : ce geste simple permet de bien répartir les matières carbonées (carton) avec les matières azotées (épluchures), tout en apportant de l'oxygène au mélange — un facteur clé pour une meilleure décomposition. Profitez-en pour faire le même jour votre apport en régulateur d'acidité — coquilles d'œufs broyées ou RegulaWorm, dosages détaillés plus haut — qui limite en prime la prolifération de parasites et apporte aux vers des minéraux favorables à leur activité et à leur reproduction.
Mélanger le plateau actif et ajouter un régulateur d'acidité : une routine hebdomadaire de deux minutes qui évite le gros des problèmes d'acidité.





























