

Micro-organismes efficaces (EM) : définition, origine et composition réelle

« Micro-organismes efficaces », « EM », « EM-1 » : ces mots reviennent dès qu'on s'intéresse au bokashi, au jardinage au naturel ou au ménage sans produits agressifs. Mais que contient vraiment une bouteille d'EM ? D'où vient l'idée, et que peut-on en attendre ?
Cette fiche pose les bases : la définition, l'histoire, la composition telle que l'indiquent les étiquettes et telle que l'ont mesurée des analyses indépendantes. Nous vendons ces produits, et c'est justement pour cela que nous tenons à séparer ce qui est établi de ce qu'affirme le fabricant.
Les micro-organismes, partout autour de nous
Les micro-organismes sont des êtres vivants invisibles à l'œil nu : bactéries, levures, moisissures. Ils sont partout, sur nos mains, sur les épluchures, dans l'air et surtout dans le sol, où l'on compte des centaines de millions à des milliards de bactéries par gramme de terre.
Nous les utilisons depuis des millénaires sans toujours le savoir. Les bactéries lactiques font le yaourt, la choucroute et l'ensilage. Les levures font lever le pain et fermenter le vin ou la bière. Les EM reposent sur ces mêmes familles, bien connues de l'alimentation.
Une association de micro-organismes plutôt qu'une souche unique
Les micro-organismes efficaces, ou EM, sont des cultures mixtes : plusieurs espèces sont cultivées puis mélangées dans un liquide sucré à base de mélasse. Le produit est très acide, avec un pH d'environ 3 à 4, comparable à celui du vinaigre dilué ou d'un jus de choucroute.
L'idée de départ est simple : plutôt que de chercher LA bonne bactérie, associer des micro-organismes compatibles qui se nourrissent les uns des autres. Les bactéries lactiques et les levures, par exemple, cohabitent naturellement dans de nombreux aliments fermentés, comme le levain ou le kéfir.
Les EM ne s'utilisent presque jamais purs. On les dilue dans l'eau, on les multiplie avec de la mélasse, ou on les fixe sur un support sec comme le son de blé : c'est le principe de l'activateur pour le bokashi.
Que contiennent vraiment les EM ?
Les fabricants citent trois grandes familles, auxquelles certains en ajoutent deux autres :
- Les bactéries lactiques (notamment Lactobacillus casei et Lactobacillus plantarum) : elles transforment les sucres en acide lactique et font baisser le pH.
- Les levures (notamment Saccharomyces cerevisiae, la levure du boulanger) : elles transforment les sucres en alcool et en gaz carbonique.
- Les bactéries photosynthétiques (notamment Rhodopseudomonas palustris) : des bactéries pourpres capables d'utiliser la lumière, auxquelles le fabricant attribue un rôle central.
- Les actinomycètes et des champignons de fermentation : mentionnés par certains fabricants, absents d'autres étiquettes.
Des étiquettes qui ne disent pas toutes la même chose
En comparant les fiches techniques de plusieurs pays, on constate des écarts importants. La fiche américaine de l'EM-1 ne déclare qu'une seule espèce, une bactérie lactique (Lactobacillus casei), à un million d'unités par millilitre. D'autres producteurs déclarent bactéries lactiques, levures et bactéries photosynthétiques. Le dépliant de notre fournisseur néerlandais, Agriton, cite cinq familles. Un distributeur européen agréé reconnaît même que le mélange d'origine a été simplifié au fil des années pour pouvoir être produit de façon régulière dans tous les climats.
Le chiffre souvent répété de « 80 espèces », issu d'environ 2 000 micro-organismes testés, vient du fabricant. Il n'est confirmé par aucune analyse publiée et ne figure sur aucune des étiquettes que nous avons consultées.
Ce que montrent les analyses indépendantes
Les laboratoires qui ont analysé des solutions EM arrivent à un constat convergent : les bactéries lactiques et les levures dominent largement. Dans une analyse ADN publiée en 2024, les lactobacilles représentaient plus de 99 % des bactéries détectées dans la solution, une levure environ 93 % des champignons, et aucune bactérie photosynthétique n'a été identifiée. Des essais horticoles publics menés pendant plusieurs années en Allemagne ont abouti à la même conclusion : travailler avec les EM, c'est avant tout travailler avec des bactéries lactiques.
À retenirDans la pratique, un EM est surtout une culture de bactéries lactiques et de levures dans de la mélasse, très acide. C'est ce qui explique son efficacité pour fermenter et conserver la matière organique, et c'est aussi ce qui fixe ses limites.
Le conseil d'EmyRetournez votre flacon et lisez la composition et la date limite d'utilisation imprimées sur l'étiquette : c'est elle, et non une brochure, qui fait foi pour le produit que vous avez entre les mains.
L'origine : le professeur Teruo Higa, à Okinawa
Les EM sont nés au Japon, sur l'île d'Okinawa, au début des années 1980. Leur inventeur, le professeur Teruo Higa, enseignait l'horticulture. Il cherchait à obtenir de bonnes récoltes avec moins de produits chimiques et testait des cultures de micro-organismes isolées une à une.
Selon le récit qu'il en a fait lui-même, la découverte doit beaucoup au hasard : c'est un mélange, et non une souche isolée, qui aurait donné les résultats les plus encourageants. Le premier produit commercial, l'EM-1, apparaît au milieu des années 1980. En 1993, Higa publie An Earth Saving Revolution, un livre qui fera connaître les EM bien au-delà du Japon.
Higa lui-même, dans un article cosigné en 1994 avec un microbiologiste des sols, reconnaissait que le lien entre la vie microbienne du sol et les rendements restait mal compris, et que le principal problème de ces cultures était le manque de résultats reproductibles. Cette honnêteté de départ mérite d'être rappelée.
EMRO, les licences et la diffusion dans le monde
En 1994, selon le fabricant, Higa fonde EMRO (EM Research Organization), qui détient les marques et la recette de l'EM-1. EMRO accorde des licences à des producteurs locaux : l'EM-1 est aujourd'hui fabriqué dans une cinquantaine de pays, et les produits EM sont diffusés, selon le fabricant, dans plus de cent pays.
En Europe, les EM sont disponibles depuis 1995. Les produits EM que nous vendons sont fabriqués aux Pays-Bas par Agriton, titulaire d'une licence EMRO. D'autres entreprises européennes proposent des cultures comparables sous leurs propres marques. L'expression « micro-organismes efficaces » est employée par de nombreux fabricants, alors qu'EMRO a fait enregistrer plusieurs marques, comme « EM-1 » et le logo EM : nous expliquons comment s'y retrouver dans la fiche bien choisir son produit EM.
Le saviez-vous ?Les bactéries lactiques ont changé de nom en 2020 : la classification a été revue et l'ancien genre Lactobacillus, devenu trop disparate, a été découpé en 25 genres. Lactobacillus casei s'appelle désormais Lacticaseibacillus casei, et L. plantarum est devenu Lactiplantibacillus plantarum. Les étiquettes utilisent encore souvent les anciens noms.
Ce que les EM ne sont pas
- Pas des OGM. Les fabricants indiquent utiliser des souches naturelles, non modifiées génétiquement, de familles utilisées depuis longtemps dans l'alimentation.
- Pas un engrais. Une solution EM n'apporte presque pas d'éléments nutritifs. Ce que l'on observe au jardin vient souvent de la matière organique fermentée qui l'accompagne (son, mélasse, bokashi).
- Pas un désinfectant. Les EM ne servent pas à tuer les microbes. Ils n'ont pas leur place là où une désinfection est nécessaire, et ils ne se mélangent pas avec la javel.
- Pas une potion universelle. Le discours du fabricant leur prête des effets dans presque tous les domaines. Les études publiées sont nettement plus nuancées : les résultats sont les plus solides là où il s'agit de faire fermenter de la matière organique dans des conditions maîtrisées.
Par où commencer ?
Pour comprendre pourquoi un EM fait fermenter plutôt que pourrir, lisez notre fiche comment agissent les EM. Avant votre premier usage, prenez cinq minutes pour parcourir les règles d'or pour débuter : eau non chlorée, bonne dilution, bonne conservation.
Côté produits, deux points de départ suffisent dans la plupart des cas. L'EM-1, solution mère, est un concentré à multiplier soi-même avec de la mélasse : il convient aux grands jardins et à ceux qui fabriquent leur activateur bokashi. Le Microferm EM-A est déjà activé et se dilue simplement dans l'eau. Si c'est le bokashi qui vous amène aux EM, notre guide du bokashi vous accompagne pas à pas.
Et si vous voulez savoir précisément ce que disent les essais, au jardin comme ailleurs, notre fiche ce que dit la science sur les EM fait le point sans parti pris.
En résumé
Les micro-organismes efficaces sont des cultures mixtes mises au point au début des années 1980 par le professeur Teruo Higa à Okinawa, aujourd'hui produites sous licence EMRO dans de nombreux pays. Les étiquettes citent bactéries lactiques, levures et bactéries photosynthétiques, mais les analyses indépendantes montrent surtout des bactéries lactiques et des levures dans un milieu sucré et très acide. Ce ne sont ni des OGM, ni un engrais, ni un désinfectant : ce sont avant tout des outils de fermentation, à utiliser en suivant l'étiquette du produit que vous avez choisi.
Scannez le code ou rendez-vous sur fermedumoutta.fr/guide : toutes nos fiches pratiques, avec les liens vers les produits cités.





































