Ferme du Moutta
Guide pratiqueMicro-organisme EM

Réussir son ensilage avec EM Silage : fermentation, dose et bonnes pratiques

Silo couloir en cours de remplissage et silo déjà bâché sous des pneus, dans une ferme laitière

L'ensilage permet de conserver de l'herbe, du maïs ou des céréales récoltés humides pendant des mois, en les faisant fermenter à l'abri de l'air. Bien réussi, il donne un fourrage stable et appétent. Raté, il chauffe, moisit, perd une partie de sa valeur et peut même devenir dangereux pour les animaux.

Les conservateurs biologiques, ou inoculants, aident la fermentation à démarrer vite et dans le bon sens. EM Silage en fait partie, avec une particularité : il associe des bactéries lactiques et des levures. Voici comment l'utiliser, ce que dit la recherche, et pourquoi la technique de chantier reste, de loin, le facteur décisif.

Le principe : fermentation lactique et baisse du pH

L'herbe hachée fermente dans le silo : l'acidité monte et le pH descend d'environ 6 à 4

Un silo passe par plusieurs phases. Juste après le remplissage, il reste de l'air entre les brins : les cellules végétales continuent de respirer et des micro-organismes consomment des sucres en dégageant de la chaleur. Cette phase doit être la plus courte possible, idéalement moins de 24 heures.

Une fois l'oxygène épuisé, les bactéries lactiques prennent le relais. Elles transforment les sucres du fourrage en acide lactique, et le pH descend. Cette fermentation dure environ deux semaines. Les repères de pH généralement visés sont de 3,8 à 4,2 pour le maïs, sous 4,5 pour les graminées et sous 4 pour les légumineuses. À ce stade, le silo reste stable tant qu'il est hermétique.

Le danger revient à l'ouverture. Avec l'air, des levures sauvages se mettent à consommer l'acide lactique, le pH remonte, des moisissures s'installent et le fourrage chauffe. Les pertes peuvent atteindre 8 à 9 % de la matière sèche par semaine pour un échauffement de 5 °C.

Le saviez-vous ?

Le bokashi de cuisine repose sur la même idée que l'ensilage : une fermentation lactique sans air, qui acidifie la matière et la conserve. Ce que l'éleveur fait avec des tonnes de fourrage, le jardinier le fait avec un seau de bokashi.

Pourquoi ajouter un inoculant ?

EM Silage en bidon de 20 litres

Le fourrage porte naturellement des bactéries lactiques, mais pas toujours en nombre suffisant ni des plus efficaces. Un inoculant en apporte une population importante dès le départ. On distingue deux grandes familles :

  • les bactéries homofermentaires, qui produisent presque uniquement de l'acide lactique : le pH baisse vite et les pertes au silo diminuent ;
  • les bactéries hétérofermentaires, qui produisent aussi de l'acide acétique : il freine les levures et améliore la tenue du fourrage à l'air après l'ouverture.

L'effet des inoculants lactiques est bien documenté. Dans un essai en laboratoire publié en 2013 sur de l'herbe et du maïs, le pH final de l'herbe est passé de 4,55 sans inoculant à 3,89–4,15 avec, et les pertes de matière sèche de 6,3 % à 4,0–5,8 %. L'ensilage d'herbe non traité a commencé à chauffer après 96 heures à l'air, contre 162 heures et plus pour les lots inoculés. Attention : cet essai portait sur des inoculants lactiques classiques, pas sur un produit EM.

Un inoculant est surtout utile quand les conditions sont difficiles : herbe trop humide, légumineuses (luzerne, trèfle), qui s'acidifient plus lentement, ou maïs qui a tendance à chauffer au désilage.

EM Silage : composition et dose

D'après le fabricant, EM Silage est un liquide vivant composé de bactéries lactiques homo- et hétérofermentaires et de levures cultivées. Il est prévu pour l'herbe, le maïs, le méteil, les céréales immatures et les grains humides. La notice ne précise pas les souches.

La présence de levures est originale : dans un silo, ce sont justement les levures sauvages qui déclenchent l'échauffement à l'ouverture. Le fabricant affirme que ses levures cultivées occupent la place des levures indésirables et que l'acide acétique produit par ses bactéries complète cet effet. Nous n'avons pas trouvé d'étude indépendante qui le vérifie.

La dose

La notice actuelle du fabricant indique 80 ml d'EM Silage par tonne de fourrage frais, dilués dans au moins 4 litres d'eau par tonne pour bien répartir le produit. Pour un fourrage très sec, au-delà de 45 % de matière sèche, il demande davantage de liquide, au moins 40 litres par hectare. Un bag-in-box de 20 litres traite ainsi environ 250 tonnes. Le produit se conserve un an dans son emballage. Vérifiez toujours la dose sur l'étiquette de votre lot.

L'application

  • Diluez dans une eau non chlorée, qui préserve les micro-organismes vivants.
  • Appliquez au chantier, de façon homogène : par un doseur sur l'ensileuse ou en pulvérisation sur chaque couche de fourrage entrant dans le silo.
Le conseil d'Emy

Préparez la bouillie le matin du chantier, en quantité calculée pour la journée, et gardez la cuve à l'ombre. Un mélange de micro-organismes vivants qui chauffe au soleil dans le pulvérisateur perd une partie de son intérêt.

Tasser, bâcher, attendre

Aucun inoculant ne rattrape un chantier mal conduit. Les points clés :

  • Récolter au bon taux de matière sèche : autour de 30 à 35 % pour le maïs ; pour l'herbe, au moins 30 %, idéalement 35 à 40 %, après un préfanage rapide de 24 à 48 heures. Au-delà de 45 %, le tassement devient difficile.
  • Faucher à 7 cm au moins pour ne pas ramasser de terre, source de mauvaises fermentations.
  • Hacher court, d'autant plus finement que le fourrage est sec : il se tasse mieux.
  • Tasser en couches fines, de 30 cm au plus, en continu pendant tout le remplissage.
  • Fermer vite : moins de 24 heures entre le début du remplissage et la pose de la bâche, avec un film fin au contact du fourrage, une bâche épaisse par-dessus, et un lestage soigné.
  • Attendre la fin de la fermentation, soit au moins deux semaines, avant d'ouvrir.

Stabilité à l'ouverture du silo

Une fois le silo ouvert, la règle est d'avancer assez vite pour que l'air n'ait pas le temps de faire chauffer le front d'attaque : au moins 10 cm par jour en hiver et 20 cm en été.

  • Coupez net, sans arracher, pour garder un front lisse et compact.
  • Ne laissez pas traîner de fourrage désilé au pied du silo.
  • Vérifiez régulièrement que le front ne chauffe pas et ne sent ni le moisi ni le vinaigre fort.
  • Écartez toute partie moisie : un ensilage moisi ou mal fermenté peut rendre les animaux malades.

Pour la ration mélangée elle-même, le fabricant propose aussi l'Organofresh EM, à verser dans la mélangeuse, selon lui à raison de 1 à 2 litres par tonne de ration. Il vise à limiter l'échauffement de la ration entre la préparation et la consommation.

Ce que dit la recherche sur les EM et l'ensilage

Vaches qui mangent de l'ensilage d'herbe à l'auge

L'ensilage fait partie des usages où un effet des EM est jugé plausible, puisqu'il s'agit justement d'une fermentation lactique. Les données propres aux produits EM restent toutefois limitées :

  • Un essai commandé par le fabricant et réalisé en 2015 dans une ferme expérimentale, sur de l'herbe préfanée à 33 % de matière sèche et à la dose de 80 ml par tonne, n'a montré aucune différence sur le pH, l'azote ammoniacal, ni les levures et moisissures. La tenue à l'air et la teneur en protéines étaient en revanche significativement meilleures que dans le lot témoin.
  • Des essais plus anciens, rapportés par la presse agricole, ont donné des résultats contrastés : pH plus bas et ensilage resté stable plus longtemps après l'ouverture dans certains cas ; ailleurs, avec un produit voisin, un effet qui dépendait de la matière sèche, défavorable sur une herbe très humide à 26 %, favorable à 30 %, nul à 34 %.
  • Des spécialistes de l'ensilage ont regretté que la composition exacte des EM ne soit pas publiée, ce qui empêche de comparer ces produits aux inoculants classiques.
À retenir

Les bénéfices des inoculants lactiques sont établis ; ceux d'EM Silage reposent sur quelques essais, dont un commandé par le fabricant. Dans tous les cas, l'inoculant améliore un bon chantier : il ne sauve pas un fourrage trop humide, mal tassé ou mal bâché.

Pour comprendre le rôle des différents micro-organismes dans une fermentation, voyez notre fiche comment agissent les EM, et pour une vue d'ensemble des preuves, notre fiche ce que dit la science sur les EM. Les aliments fermentés aux EM destinés directement aux ruminants sont présentés dans notre fiche aliments fermentés pour chevaux et bétail.

En résumé

Un bon ensilage repose sur une fermentation lactique rapide, à l'abri de l'air, puis sur un désilage assez rapide pour éviter l'échauffement. Les inoculants lactiques aident à faire baisser le pH, à limiter les pertes et à améliorer la tenue à l'air : c'est bien établi. EM Silage associe bactéries lactiques et levures, se dose selon la notice actuelle à 80 ml par tonne dilués dans au moins 4 litres d'eau, et s'applique de façon homogène au chantier. Les essais disponibles sur ce produit sont encourageants pour la tenue à l'air mais peu nombreux. Récolte au bon taux de matière sèche, tassement, bâchage rapide et avancement du front d'attaque restent les clés.

https://www.fermedumoutta.fr/guide/reussir-ensilage-em-silage-inoculant
Retrouvez cette fiche et tout le guide en ligne

Scannez le code ou rendez-vous sur fermedumoutta.fr/guide : toutes nos fiches pratiques, avec les liens vers les produits cités.

Moyens de paiement acceptés

Donnons de la vie à la terre

À ce jour, nos clients ont recyclé 102087,027 tonnes de déchets organiques grâce à nos produits depuis 2007. En savoir plus ›

Suivez-nous sur nos réseaux :

Ferme du Moutta
Site développé par nous-mêmes avec ❤️
Tous droits réservés 2007-2026.