Ferme du Moutta
Guide pratiqueMicro-organisme EM

Accélérer son compost avec les EM et faire fermenter ses tontes de gazon sous bâche

Emy en bonnet de laine se blottit sous la bâche qui fait fermenter les tontes de gazon, à côté de la Microferm

Au jardin, les micro-organismes efficaces servent surtout à deux choses : accompagner le compost, et faire fermenter de grosses quantités de matière verte, à commencer par les tontes de gazon. Ce sont deux usages très différents. Le premier se fait à l'air, le second sans air, et les gestes ne sont pas du tout les mêmes.

Faut-il vraiment un activateur pour réussir son compost ? Nous avons répondu franchement dans notre fiche Activateur de compost : utile ou pas ? Ici, on passe à la pratique : comment utiliser les EM si vous choisissez de le faire, à quelles doses, et comment transformer vos tontes en matière organique fermentée.

Compost et fermentation : deux logiques différentes

Un compost classique est un processus aérobie : bactéries, champignons, puis vers et petits animaux décomposent la matière en présence d'air. Le tas chauffe, se tasse, et devient en quelques mois un humus stable.

La fermentation, celle du bokashi ou de l'ensilage, se déroule au contraire sans air. Les bactéries lactiques transforment les sucres en acides, le milieu devient acide et la matière se conserve presque intacte. On obtient un pré-compost, qui finira sa transformation dans le sol ou dans un composteur.

Les EM sont avant tout des ferments, riches en bactéries lactiques. Dans un compost bien aéré, ils ne changent pas la nature du processus : ils s'ajoutent aux micro-organismes déjà présents. C'est pourquoi les essais indépendants sur le compostage montrent au mieux un gain modeste. Un essai mené en climat tropical sur de la paille de riz et du fumier de chèvre a relevé une montée en température un peu plus rapide et une décomposition plus avancée au bout de 90 jours avec des EM, mais sans témoin recevant la mélasse seule : difficile de dire ce qui revient aux micro-organismes. Des évaluations indépendantes jugent l'effet des EM plausible en compostage, à condition que l'humidité, l'air et la température soient bien maîtrisés.

À retenir

Un compost se réussit avec le bon mélange, de l'air et de l'humidité ; les EM peuvent l'accompagner. Une fermentation se réussit sans air, en tassant et en couvrant hermétiquement ; les EM y jouent alors un rôle central.

Pulvériser des EM dans son composteur

La dose

Le fabricant de l'EM-A Solution active Microferm conseille environ 1 litre de produit par m³ de matière, dilué dans deux fois son volume d'eau non chlorée et réparti couche par couche. D'autres modes d'emploi vont jusqu'à 2 litres par m³. Pour un composteur de jardin de 400 litres, cela représente environ un demi-litre de produit sur tout le remplissage : à chaque apport, quelques cuillères à soupe (20 à 30 ml) diluées dans un demi-litre d'eau suffisent.

Le geste

Composteur en bois Compostys rempli de couches de déchets de cuisine et de jardin
  1. Déposez votre apport en mélangeant matières vertes et matières brunes, comme d'habitude : l'équilibre reste la clé, voir notre fiche Matières vertes et brunes.
  2. Pulvérisez la solution diluée sur la nouvelle couche, ou versez-la à l'arrosoir.
  3. Continuez à aérer et à surveiller l'humidité : les EM ne remplacent pas ces gestes.

Vous pouvez aussi saupoudrer une poignée d'Activateur de compost Bokashi EM sur les épluchures de cuisine, en particulier pour démarrer un nouveau bac. Et si vous avez un fond d'EM-A maison un peu ancien, c'est au compost qu'il sera le plus utile : notre fiche Conserver ses EM explique comment juger s'il est encore bon.

Si vous videz un seau de bokashi de cuisine dans votre composteur, étalez-le et mélangez-le à des matières brunes plutôt que de le déposer en bloc : la méthode est détaillée dans la fiche Bokashi et compost de jardin.

Faire fermenter ses tontes sous bâche

Au printemps, les tontes arrivent en telles quantités qu'un composteur ne peut pas tout absorber. Versées en couche épaisse, elles se tassent et pourrissent. La fermentation offre une autre voie : une sorte de « bokashi de jardin », proche de l'ensilage des agriculteurs.

La méthode

  1. Laissez ressuyer l'herbe quelques heures après la tonte. Trop mouillée, elle fermente mal, produit du jus et une odeur de beurre rance. Si elle reste très humide, mélangez-y un peu de matière plus sèche : feuilles mortes, paille hachée.
  2. Humectez-la avec des EM : une solution à 5 %, soit 50 ml d'EM-A par litre d'eau non chlorée, pulvérisée en mélangeant, de façon à humidifier l'herbe sans la détremper. Pour un gros volume, le fabricant compte environ 2 litres de Microferm dilués dans 10 litres d'eau par m³ de matière.
  3. Ajoutez éventuellement du calcaire de coquillages broyé (souvent vendu sous le nom de « chaux de coquillages »), en poignées entre les couches : l'herbe s'acidifie vite en fermentant, et ce calcaire grossier, à action lente, tempère la baisse du pH sans l'empêcher. N'utilisez jamais de chaux vive ni de chaux éteinte, caustiques pour la peau comme pour les micro-organismes.
  4. Tassez fortement, couche par couche, pour chasser l'air.
  5. Couvrez hermétiquement d'une bâche épaisse, lestée sur tout le pourtour. Pour de petites quantités, des sacs épais bien fermés ou une poubelle à couvercle font l'affaire.
  6. Attendez : au moins 6 semaines selon le fabricant, plutôt 8 à 10 semaines pour un gros tas ou par temps frais. Ne soulevez pas la bâche entre-temps.
Le conseil d'Emy

Montez le tas sur une bâche posée au sol, rabattez-la par-dessus, puis piétinez l'ensemble avant de la lester avec des planches ou de la terre. Moins il reste d'air, plus la fermentation est franche.

Le résultat et son utilisation

Une herbe bien fermentée sent l'aigre, comme un ensilage, et garde sa structure en brunissant. Les bords, souvent moins bien fermentés, rejoindront votre prochain tas ou le composteur. Comme tout bokashi, c'est un pré-compost acide, pas un compost fini : mélangez-le à la terre en surface ou ajoutez-le au compost, et attendez au moins deux semaines avant de semer ou de planter à cet endroit. Ne l'étalez pas en couche épaisse au pied des plantes.

Deux limites à connaître. N'utilisez pas les tontes d'une pelouse traitée au désherbant. Et rien ne prouve que la fermentation détruise les graines d'herbes indésirables : c'est la chaleur d'un compost bien mené qui s'en charge. Pour réduire le volume de tontes à la source, pensez aussi à la tonte sans ramassage, présentée dans notre fiche Une pelouse au naturel avec les EM.

Le saviez-vous ?

L'odeur de beurre rance d'une herbe trop humide vient de l'acide butyrique, produit par d'autres bactéries que les bactéries lactiques. Les agriculteurs la connaissent bien : c'est pour l'éviter qu'ils laissent sécher l'herbe avant de l'ensiler.

Fumier et déchets de ferme : la méthode en lasagnes

Tas de fumier monté en lasagnes : couches de fumier, de tontes, de paille et de feuilles mortes sous une bâche

Pour le fumier de cheval, de mouton ou de volaille mélangé à de la paille, et pour les gros volumes de déchets verts, le fabricant propose une méthode en couches, sans retournement :

  • Montez le tas par couches successives de fumier, de paille et de déchets verts, en pulvérisant de l'EM dilué entre chaque couche.
  • Ajoutez du calcaire de coquillages et, si vous le souhaitez, de l'argile. Le fabricant donne comme repère, par tonne de matière, 2 litres de Microferm, 12 kg de calcaire de coquillages et 12 kg de minéraux argileux.
  • Tassez, bâchez hermétiquement et laissez fermenter au moins 8 semaines.

Restez prudent sur les promesses : dans un essai mené en Norvège sur du lisier de vache, la fermentation était plus intense avec des EM, mais la teneur en azote et en matière sèche du fumier n'était pas différente de celle du témoin.

Les erreurs à éviter

Tontes entassées trop épaisses et trop humides : elles pourrissent au lieu de fermenter
  • Une matière détrempée : elle pourrit au lieu de fermenter.
  • Un tas mal fermé ou ouvert pour « voir » : l'air relance les moisissures et la putréfaction.
  • Des tontes seules versées en couche épaisse dans le composteur : sans matière sèche ni fermentation organisée, elles se transforment en masse gluante.
  • De la chaux vive ou éteinte : caustique, elle détruit justement les micro-organismes que l'on cherche à favoriser.
  • De l'eau chlorée pour diluer les EM.
  • Un usage trop rapide : une matière fermentée encore fraîche, posée au contact des racines ou des semis, peut les gêner.

EM, compost ou lombricompost : que choisir ?

Ces méthodes se complètent plus qu'elles ne s'opposent. Le compost classique reste la solution la plus simple pour les déchets du jardin et donne un humus stable. La fermentation aux EM est utile pour absorber d'un coup de gros volumes de matière verte, et le bokashi de cuisine accepte des restes que le compost digère mal. Le lombricompost, lui, convient très bien en appartement. Pour comparer ces options selon votre situation, consultez notre fiche Compost, lombricompost, bokashi ou EM : quelle méthode choisir.

En résumé

Dans un composteur, les EM s'utilisent à raison d'environ 1 litre par m³ de matière, dilué et réparti couche par couche, sans jamais remplacer le bon mélange, l'air et l'humidité ; leur effet sur la vitesse du compostage reste modeste. Leur vrai terrain, c'est la fermentation : des tontes ressuyées, humectées d'une solution à 5 %, éventuellement additionnées de calcaire de coquillages, bien tassées et bâchées hermétiquement pendant 6 à 10 semaines, donnent un pré-compost acide à mélanger à la terre ou au compost, avec deux semaines d'attente avant de semer. La même logique s'applique au fumier en lasagnes, sans promesse de gain d'azote.

https://www.fermedumoutta.fr/guide/em-compost-tontes-fermentees
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