

Comment agissent les EM ? Fermentation, compétition et limites du principe de dominance

Une épluchure oubliée dans un sac fermé peut finir de deux façons : elle pourrit et sent très mauvais, ou elle fermente et prend une odeur aigre, un peu comme la choucroute. Toute la logique des micro-organismes efficaces (EM) tient dans cette différence : orienter la matière organique vers la fermentation plutôt que vers la putréfaction.
Cette fiche explique ce qui se passe réellement, ce que l'on sait des différents micro-organismes du mélange, et pourquoi le fameux « principe de dominance » mis en avant par le fabricant doit être lu avec prudence.
Fermentation et putréfaction : deux devenirs de la matière organique
Quand l'oxygène manque, la matière organique est transformée par des micro-organismes qui n'ont pas besoin d'air. Selon ceux qui prennent le dessus, le résultat est très différent :
- La putréfaction dégrade surtout les protéines. Elle libère de l'ammoniac, des composés soufrés (l'odeur d'œuf pourri) et des amines à l'odeur de charogne. Le milieu devient gluant, et l'odeur attire les mouches.
- La fermentation s'attaque d'abord aux sucres et à l'amidon. Elle produit des acides (lactique, acétique), un peu d'alcool et du gaz carbonique. La matière garde sa forme, sent l'aigre ou le vinaigre, et se conserve.
Ce n'est pas une invention moderne. La choucroute, le kimchi, les olives, le saucisson ou l'ensilage des éleveurs reposent sur le même principe. Ce que proposent les EM, c'est d'appliquer ce savoir-faire ancestral aux déchets de cuisine, au fumier, aux litières ou au compost. Pour le cas précis du seau, voyez comment fonctionne la fermentation bokashi.
Le rôle des bactéries lactiques : acidifier pour conserver
Les bactéries lactiques sont les véritables chevilles ouvrières des EM. Elles consomment les sucres et rejettent de l'acide lactique. Le milieu devient vite acide : un EM activé réussi affiche un pH de 3,2 à 3,6, et la solution mère EM-1 est du même ordre.
Or la plupart des bactéries de la putréfaction se développent mal dans un milieu aussi acide et privé d'air. C'est exactement ce qui se passe dans un silo bien fermé : le pH chute, la matière est « figée » et se conserve des mois. Ce mécanisme est établi depuis longtemps, il est utilisé partout dans l'agroalimentaire, et il n'a rien de spécifique aux EM.
Deux conditions sont indispensables pour qu'il fonctionne :
- Du sucre pour nourrir les bactéries lactiques. C'est le rôle de la mélasse dans l'EM-1 et dans le son fermenté.
- Peu ou pas d'air. D'où l'importance de tasser, de fermer et d'éviter d'ouvrir sans arrêt.
À retenirL'effet le plus solide des EM est simple : acidifier une matière organique à l'abri de l'air, pour qu'elle fermente au lieu de pourrir. Tout ce qui favorise l'acidification (sucres, absence d'air, chaleur douce) favorise le résultat.
Levures et bactéries photosynthétiques : ce qu'on leur prête
Les levures
Les levures transforment les sucres en alcool et en gaz carbonique. Ce sont elles qui font gonfler un bidon d'EM en cours d'activation, et elles contribuent à l'odeur fruitée, légèrement alcoolisée, d'un bon ferment. Leur présence dans les produits EM est confirmée par les analyses.
Les bactéries photosynthétiques
Le fabricant les présente comme la clé du mélange : elles utiliseraient la lumière et la chaleur pour transformer des déchets et des gaz malodorants en substances utiles aux plantes. Dans la nature, ces bactéries pourpres existent bel et bien et ont un métabolisme très polyvalent.
La question est plutôt de savoir si elles sont présentes et actives dans le produit fini, un liquide très acide gardé à l'obscurité. Une analyse ADN publiée en 2024 n'en a pas retrouvé dans la solution testée, et d'autres analyses montrent qu'elles sont, au mieux, très minoritaires. Leur rôle réel dans l'usage courant reste donc inconnu.
Le « principe de dominance » : ce que dit Higa, ce que dit la science
La théorie du fabricant
Selon le professeur Teruo Higa, les micro-organismes d'un milieu se répartissent en trois groupes : une petite minorité de « régénérateurs », une petite minorité de « dégénérateurs », et une grande majorité de « suiveurs » qui se rangent du côté du groupe dominant. Apporter régulièrement des EM ferait basculer les suiveurs du bon côté, dans le sol, l'eau ou l'air.
L'image est parlante, mais elle reste une théorie. Les proportions avancées varient d'ailleurs selon les documents du fabricant, ce qui montre bien qu'il ne s'agit pas de mesures. Aucune étude indépendante n'a validé cette classification, et Higa lui-même reconnaissait la difficulté à obtenir des résultats reproductibles.
Ce que l'on observe vraiment
Les connaissances actuelles permettent de distinguer deux situations :
- Dans un milieu fermé, frais et riche en sucres (seau à bokashi, silo, bidon d'activation), un apport massif de bactéries lactiques prend effectivement de l'avance sur les autres. On parle d'effet de priorité ou d'exclusion compétitive : les premiers installés consomment les sucres, acidifient et occupent la place. Ici, l'idée de « dominance » a un vrai fondement.
- Dans un milieu ouvert et déjà très peuplé, comme un sol de jardin, c'est l'inverse. Une dose d'EM apporte une quantité de micro-organismes minuscule face aux milliards déjà présents dans chaque poignée de terre. Dans un essai publié en 2024, on ne retrouvait pratiquement plus trace des micro-organismes des EM dans le sol une semaine après un apport à la dose conseillée ; même à une dose cent fois supérieure, ils restaient sous 1 % de la population. À dose normale, l'essai n'a mesuré aucun effet. À dose très forte, l'activité du sol a brièvement augmenté, mais autant avec des EM stérilisés : l'effet venait des sucres apportés, pas des microbes vivants.
D'autres essais, dont un essai de quatre ans au champ en Suisse, ont comparé des EM vivants à des EM stérilisés : les deux ont donné les mêmes résultats. Autrement dit, ce que l'on attribue aux microbes vient souvent de ce qui les accompagne (mélasse, son, bokashi). Nous détaillons ces travaux dans la fiche ce que dit la science sur les EM.
Le saviez-vous ?Le principe qui fonctionne le mieux est connu depuis bien avant les EM : c'est celui de l'ensilage. Ensemencer avec des bactéries lactiques une matière fraîche, sucrée et privée d'air est une pratique agricole classique, étudiée et maîtrisée.
Pourquoi l'effet dépend du contexte
Les évaluations publiques les plus prudentes jugent un effet des EM plausible surtout pour le compostage, l'ensilage et le traitement des fumiers, à condition de maîtriser la température, l'humidité et l'apport de nutriments. Concrètement, quatre facteurs font la différence :
Le substrat. Sans sucres ni matière fraîche, les bactéries lactiques n'ont rien à fermenter.
L'air. La fermentation lactique a besoin d'un milieu fermé et tassé. Dans un tas de compost aéré, ce sont d'autres micro-organismes qui travaillent.
La température. En dessous d'environ 15 °C, tout ralentit, et le gel tue les micro-organismes. Pour activer une solution, les fabricants visent 25 à 30 °C.
L'humidité. Trop sec, rien ne se passe ; détrempé, la matière risque de pourrir malgré les EM.
Le conseil d'EmySi un ferment déçoit, ne doublez pas la dose : vérifiez d'abord qu'il y a du sucre, peu d'air, une température douce et une matière juste humide. Corrigez ces quatre points, puis réessayez.
Des effets progressifs : de quelques minutes à quelques années
Le fabricant résume ainsi la vitesse d'action : quelques minutes pour une mauvaise odeur, parfois plusieurs années pour la fertilité d'un sol. Voici ce qu'on peut en retenir :
Les odeurs : une solution acide pulvérisée sur une litière ou une poubelle limite rapidement le dégagement d'ammoniac. C'est un effet plausible, lié à l'acidité, et dans un essai sur des toilettes sèches, le jus de choucroute a fait aussi bien que les EM.
La fermentation d'un seau ou d'un silo : quelques jours à quelques semaines, selon la température.
Le sol : les essais de longue durée en climat tempéré n'ont pas montré d'effet propre des micro-organismes sur les rendements ni sur la vie du sol. Ce qui améliore un sol, c'est d'abord l'apport régulier de matière organique, fermentée ou compostée.
Pour mettre ces principes en pratique, commencez par une solution bien préparée : notre fiche activer l'EM-1 pas à pas explique comment obtenir un ferment réussi, ou vous pouvez partir du Microferm EM-A, déjà activé. Au jardin, le terrain où les EM ont le plus de sens est la gestion de la matière organique : voyez accélérer son compost avec les EM.
En résumé
Les EM agissent avant tout par fermentation lactique : leurs bactéries consomment les sucres, acidifient le milieu et, à l'abri de l'air, empêchent la matière organique de pourrir. Ce mécanisme est solide et connu depuis des siècles. Le « principe de dominance » du fabricant, en revanche, n'est pas démontré : il a un sens dans un milieu fermé et sucré comme un seau ou un silo, beaucoup moins dans un sol ouvert déjà riche en vie, où les essais attribuent les effets observés à la matière organique apportée. Les EM donnent donc leurs meilleurs résultats là où l'on maîtrise le substrat, l'air, la température et l'humidité.
Scannez le code ou rendez-vous sur fermedumoutta.fr/guide : toutes nos fiches pratiques, avec les liens vers les produits cités.





































