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Guide pratiqueBokashi

Bokashi : qu'est-ce que c'est ? La fermentation des déchets de cuisine expliquée

Emy, la mascotte des micro-organismes efficaces, appuyée contre un seau à bokashi ouvert sur un plan de travail, à côté d'un bocal de cornichons et d'un sachet de son

Un seau fermé sous l'évier, quelques poignées de son dopé aux EM-1 saupoudrées sur les épluchures, et des restes de repas qui, au lieu de pourrir, se mettent à fermenter : c'est le bokashi. La méthode intrigue, parce qu'elle accepte des déchets que le compost de jardin et les vers boudent, et parce qu'elle tient dans une cuisine. Comprendre ce qui se passe dans le seau évite la plupart des erreurs de débutant.

Bokashi : un mot japonais pour une matière « adoucie » par la fermentation

Le mot bokashi est souvent traduit par « matière organique fermentée ». Il désigne à la fois la méthode, le produit fermenté que l'on obtient et, par extension, le son qui sert à démarrer la fermentation.

Concrètement, le bokashi de cuisine repose sur trois éléments : un seau hermétique muni d'une grille et d'un robinet pour récupérer le jus, vos déchets alimentaires, tassés couche après couche, et un activateur, c'est-à-dire un son de céréales fermenté avec des micro-organismes. Nous détaillons ce dernier dans notre fiche sur le son de bokashi.

Le saviez-vous ?

En japonais, le verbe bokasu signifie « estomper », « atténuer », comme on estompe un dégradé de couleurs. Les jardiniers japonais appellent bokashi un engrais de son de riz et de tourteaux mélangés à de la terre puis fermentés : on « atténue » ainsi la force de ces matières, qui deviennent plus douces pour les racines.

Fermenter n'est pas composter : le principe du cornichon

Un compost classique est une décomposition à l'air. Bactéries, champignons et petits animaux consomment la matière en respirant de l'oxygène, le tas chauffe, perd de l'eau et du gaz carbonique, et se transforme peu à peu en humus.

Le bokashi suit une tout autre logique, celle de la conserve. Dans le seau fermé et tassé, il n'y a presque plus d'air. Les bactéries lactiques apportées par le son transforment une partie des sucres des déchets en acide lactique. Le milieu s'acidifie, et cette acidité freine les microbes de la putréfaction. C'est exactement ce qui se passe quand on prépare des cornichons, de la choucroute ou l'ensilage que les éleveurs donnent à leurs bêtes en hiver.

Résultat : vos déchets ne sont pas digérés, mais conservés. Ils gardent à peu près leur aspect, prennent une odeur aigre de vinaigre ou de pickles, et se couvrent parfois d'un léger voile blanc, ce qui est bon signe.

Autre différence avec le compost : un seau de bokashi ne chauffe pratiquement pas. La fermentation lactique libère très peu d'énergie par rapport à une décomposition à l'air, et l'essentiel de la matière, donc des éléments nutritifs, reste dans le seau.

Qui travaille dans le seau ?

Déchets de cuisine fermentés dans un seau à bokashi après deux semaines, couverts par endroits d'un fin voile blancLes activateurs de bokashi sont généralement préparés avec des micro-organismes efficaces, ou EM. Selon les fabricants, ces mélanges associent surtout des bactéries lactiques, des levures et des bactéries photosynthétiques. Vous trouverez leur histoire et leur composition dans notre fiche Qu'est-ce que les micro-organismes efficaces.

Dans le seau lui-même, ce sont les bactéries lactiques qui mènent la danse. Les rares analyses de seaux domestiques publiées montrent qu'elles dominent très largement la population microbienne, dans le son de départ comme dans le seau en pleine fermentation. Les levures et les autres groupes y sont beaucoup plus discrets, et leur rôle exact dans le bokashi reste mal connu.

Leur travail se voit au pH, c'est-à-dire au degré d'acidité. Le jus récolté au robinet mesure le plus souvent entre 3,5 et 5 environ, une acidité comparable à celle d'un jus d'orange ou d'un yaourt. C'est pour cette raison que le contenu du seau ne se met jamais directement au pied des plantes, et que le jus se dilue toujours fortement.

Les deux étapes du bokashi

Étape 1 : la fermentation dans le seau

Les deux étapes du bokashi : la fermentation des déchets en couches dans un seau fermé, puis leur transformation une fois enfouis dans la terre du jardinVous remplissez le seau au fil des jours, en saupoudrant chaque couche de son et en tassant bien. Une fois le seau plein, vous le laissez fermé au moins deux semaines, dans une pièce tempérée, en vidangeant le jus de temps en temps. Comme cette phase immobilise le seau, la plupart des pratiquants en utilisent deux, l'un qui se remplit pendant que l'autre fermente. Le mode d'emploi détaillé se trouve dans notre fiche Démarrer son premier seau de bokashi. Sur le schéma : la fermentation dans le seau (1), puis la transformation dans le sol (2).

Étape 2 : la transformation dans le sol

À la sortie du seau, on obtient un pré-compost acide, pas un compost. Il faut le confier à la terre : on l'enfouit à 20 ou 30 cm de profondeur, bien mélangé à la terre, loin des racines, et l'on attend au moins deux semaines avant de planter. On peut aussi le mélanger à un composteur de jardin, à un grand bac de terre, ou le donner par petites quantités à des vers, avec un peu plus de coquilles d'œufs broyées pour contrer son acidité. Dans le sol, la vie microbienne consomme l'acide lactique, l'acidité retombe et les restes se délitent. Selon la saison et le type de sol, il faut compter de deux semaines à deux mois environ pour qu'ils disparaissent.

À retenir

Le bokashi se fait en deux temps : quelques semaines de fermentation dans un seau fermé, puis une transformation dans la terre. Sans cette seconde étape, il n'y a pas de compost.

D'où vient le bokashi ?

Fermenter des matières organiques avant de les rendre au sol est une pratique ancienne. On lui attribue souvent des racines dans les campagnes coréennes et japonaises, où l'on faisait fermenter des matières organiques pour en tirer un engrais plus doux. Ces origines sont toutefois mal documentées.

La version moderne, celle du seau de cuisine, est liée au professeur Teruo Higa, enseignant en horticulture à Okinawa, au Japon. Au début des années 1980, il met au point les micro-organismes efficaces, un mélange de micro-organismes de fermentation qu'il propose pour l'agriculture. Le son inoculé aux EM, saupoudré sur les déchets de cuisine, se diffuse ensuite dans le monde entier, notamment en Europe à partir des années 1990.

Les vrais avantages et les limites

Ce que le bokashi fait bien

  • Il accepte presque tous les restes alimentaires, crus ou cuits, y compris la viande, le poisson, le fromage et les agrumes. La liste complète est dans notre fiche Quels déchets mettre dans un bokashi.
  • Il tient dans une cuisine : un seau de 10 à 20 litres, sans contact avec la terre.
  • Il conserve la matière : puisque le seau ne chauffe pas et reste fermé, relativement peu de matière part en gaz pendant la fermentation.
  • Il demande peu de gestes : couper, saupoudrer, tasser, fermer, vidanger le jus. On ne retourne rien, et surtout, on ne remue jamais.
  • L'odeur reste discrète couvercle fermé. À l'ouverture, ça sent l'aigre, le cornichon, parfois un peu la bière ou le cidre.

Ce qu'il faut savoir avant d'acheter

  • Ce n'est pas un compost fini : après deux semaines, vous avez un pré-compost qui doit encore passer par le sol, un composteur ou des vers.
  • Il faut un débouché : un jardin, un bac de terre, un composteur, ou un proche qui en veut.
  • Il consomme de l'activateur en continu : il faut en racheter ou le fabriquer soi-même.
  • Il ne prend pas les déchets du jardin : tontes, feuilles mortes et branches restent l'affaire du composteur.
  • Il demande un peu de rigueur : un seau mal fermé, trop humide ou insuffisamment saupoudré peut pourrir au lieu de fermenter.
Le conseil d'Emy

Gardez un petit bac fermé sur le plan de travail pour la journée, et videz-le dans le seau de bokashi une seule fois, le soir. Moins vous ouvrez le seau, moins l'air y entre, et meilleure est la fermentation.

Le bokashi est-il fait pour vous ?

Le bokashi vous conviendra particulièrement si :

  • vous avez un jardin, un potager ou de grands bacs, et vous voulez y rendre tous vos restes de cuisine, y compris ceux que le composteur digère mal ;
  • vous vivez en appartement mais disposez d'un débouché régulier : jardin partagé, terrain d'un proche, grand bac sur un balcon, point de compost partagé ;
  • vous avez déjà un lombricomposteur et cherchez une solution pour la viande, le poisson et les agrumes.

Il vous conviendra moins si vous n'avez aucun endroit où rendre le pré-compost à la terre. Dans ce cas, un lombricomposteur, qui produit un amendement prêt à l'emploi, sera souvent plus simple : notre guide explique comment fonctionne un lombricomposteur. Pour comparer les méthodes point par point, lisez notre fiche Bokashi, compost ou lombricompost.

Pour vous équiper, un seau hermétique avec robinet comme le Composteur à Bokashi Confort ou le Composteur à Bokashi Skaza Organko 2, et notre Activateur de compost Bokashi EM, fabriqué à la ferme, suffisent pour commencer. Enfin, notre fiche Bokashi et EM : ce que dit la science fait le point sur les études.

En résumé

Le bokashi est une fermentation lactique des déchets de cuisine, menée dans un seau hermétique grâce à un son chargé de micro-organismes. En deux semaines environ, les restes s'acidifient et se conservent au lieu de pourrir, sans chauffer et avec une odeur aigre et discrète. Ce pré-compost doit ensuite être rendu à la terre, à un composteur ou à des vers, qui achèvent sa transformation en quelques semaines. Il accepte presque tous les restes alimentaires dans très peu de place, à condition de disposer d'un débouché et d'un activateur.

https://www.fermedumoutta.fr/guide/bokashi-definition-fermentation-dechets-cuisine
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