

Activateur de compost : utile ou pas ? Ce qu'il fait vraiment et quand l'utiliser

Poudres, granulés, liquides, sachets « starter » : les rayons de jardinage regorgent d'activateurs de compost qui promettent un compost plus rapide et sans odeur. Nous fabriquons d'ailleurs nous-mêmes notre activateur bokashi. Raison de plus pour être clairs avec vous : un compost bien mené n'a généralement pas besoin d'activateur.
Cela ne veut pas dire que ces produits n'ont jamais d'intérêt. Voici ce qu'un activateur fait vraiment, dans quels cas il est inutile, quand il peut donner un coup de pouce, et comment s'en passer avec des solutions gratuites.
Ce que fait vraiment un activateur
Derrière le mot « activateur » se cachent en réalité deux familles de produits, qui n'agissent pas du tout de la même façon :
- Les apports d'azote (fumier, corne, fientes, purin d'ortie, certains produits du commerce) : ils nourrissent les micro-organismes déjà présents. Ils sont utiles quand le compost contient trop de matières brunes, riches en carbone, et manque de « vert ».
- Les apports de micro-organismes (ferments, bactéries, micro-organismes efficaces) : ils cherchent à « ensemencer » le compost avec des microbes supplémentaires.
Or les micro-organismes du compost sont déjà partout : sur les épluchures, les feuilles, dans la terre et dans le compost mûr. Il n'est donc pas nécessaire d'ajouter un inoculant ou un activateur au tas : la terre et le compost fini contiennent déjà les microbes qui décomposeront les végétaux.
Quand c'est inutile : le compost bien équilibré
Un compost qui reçoit un mélange équilibré de matières vertes et brunes, suffisamment d'air et la bonne humidité n'a besoin de rien d'autre. Soyons francs : le compostage se passe généralement très bien sans ces produits, à condition d'équilibrer les apports et d'aérer.
Les quelques études disponibles vont dans le même sens. En 2010, une équipe de chercheurs a comparé, sur des déchets ménagers, un compost témoin et des composts ensemencés avec des micro-organismes efficaces (EM) ou un champignon, le Trichoderma : elle n'a pas trouvé de différence significative sur le résultat final. Un autre travail de 2015, qui testait deux produits EM du commerce, conclut qu'ils n'ont réduit la durée du compostage que de façon marginale.
Surtout, aucun activateur ne compense un compost trop tassé, détrempé ou desséché. Si le vôtre n'avance pas ou sent mauvais, la cause est presque toujours le mélange, l'air ou l'eau : commencez par notre fiche Compost qui sent mauvais ou qui n'avance pas : diagnostic, et revoyez l'équilibre décrit dans Matières vertes et brunes.
À retenirUn activateur n'est jamais une condition de réussite. Le bon mélange, l'air et l'humidité font l'essentiel du travail ; l'activateur, au mieux, donne un coup de pouce.
Quand un coup de pouce peut aider
Il existe quelques situations où un apport complémentaire se justifie, sans attendre de miracle :
Beaucoup de matières brunes d'un coup, par exemple un gros volume de feuilles mortes ou de broyat à l'automne : un apport d'azote relance la décomposition. C'est là que l'activateur est le plus utile.
Le démarrage d'un nouveau composteur : quelques pelletées de terre de jardin ou de compost mûr apportent d'emblée une population de micro-organismes variée. Un produit du commerce n'est pas nécessaire, mais il ne nuit pas.
L'hiver : le compost ralentit avec le froid, et aucun activateur ne change vraiment cela. Ce qui aide, c'est d'isoler le tas, de le protéger de la pluie et de garder un bon mélange.
Les odeurs : certains jardiniers utilisent des micro-organismes efficaces pour limiter les mauvaises odeurs, notamment sur les restes de cuisine. Mais une odeur signale d'abord un manque d'air ou un excès de vert, à corriger en priorité.
Les activateurs naturels, gratuits ou presque
Avant d'acheter quoi que ce soit, regardez ce que vous avez déjà sous la main :
Du compost mûr ou de la terre de jardin : une ou deux pelletées au cœur du tas, c'est le meilleur « starter » qui soit.
Du fumier (cheval, volaille, lapin) : riche en azote et en micro-organismes.
Des orties ou de la consoude fraîches, placées au centre du tas, ou du purin d'ortie, un très bon activateur de décomposition.
De la corne torréfiée ou des fientes de volaille, à intercaler entre des couches de feuilles.
Des tontes de gazon fraîches, en couches fines et mélangées : elles chauffent vite et apportent beaucoup d'azote. Nous en parlons dans notre fiche sur les déchets verts du jardin.
Pour un compost chaud, dont la montée en température dépend beaucoup de l'azote disponible, ces apports placés au cœur du tas sont particulièrement utiles : voir notre fiche Compost chaud (méthode Berkeley).
Le conseil de WillyGardez toujours un seau de compost mûr de côté au moment de la récolte. Quand vous redémarrez un bac vide, il suffit de l'étaler sur la première couche : vos nouveaux déchets seront colonisés par les micro-organismes de l'ancien compost.
Les micro-organismes efficaces (EM) et le bokashi
Les micro-organismes efficaces, ou EM, sont un mélange de micro-organismes issus de la fermentation, surtout des bactéries lactiques, souvent associées à des levures et à des bactéries photosynthétiques selon les étiquettes. Pour le compostage classique, les évaluations indépendantes restent rares, et les essais cités plus haut n'ont pas montré de gain net. Nous les présentons donc comme une aide facultative, pas comme une garantie.
Le cas du bokashi est différent. Ici, l'activateur fait partie de la méthode : il apporte les bactéries lactiques qui lancent la fermentation dans le seau fermé. Sans lui, les restes risquent de pourrir au lieu de fermenter. Notre activateur de compost Bokashi EM, un son fermenté aux EM, sert d'abord à cela. Il rend aussi service dans un composteur classique, comme nous l'expliquons plus bas.
Pour ceux qui souhaitent essayer les EM sur leur compost, l'EM-A Solution active Microferm est prête à l'emploi : le fabricant conseille de la diluer dans de l'eau et de la pulvériser entre les couches. L'EM-1, solution mère, sert plutôt à préparer soi-même une solution activée ou un son fermenté. Leurs modes d'emploi détaillés sont dans notre guide des micro-organismes efficaces, qui fait aussi le point sur ce que dit la science.
Notre activateur bokashi dans le composteur : quand et comment
Nous fabriquons notre activateur à la ferme d'abord pour le bokashi, mais il a aussi sa place dans un composteur de jardin. Il ne remplace pas un bon mélange, de l'air et de l'humidité, mais il peut vraiment rendre service :
Contre les mauvaises odeurs : saupoudré sur les restes de cuisine, il apporte des bactéries lactiques qui les font fermenter plutôt que pourrir, ce qui limite les odeurs fortes. C'est particulièrement utile en été, ou quand vous apportez beaucoup d'épluchures humides d'un coup.
Pour démarrer un nouveau composteur : une poignée sur les premiers apports, avec une pelletée de terre de jardin ou de compost mûr.
Pour relancer un compost qui stagne, une fois l'humidité et l'aération corrigées.
La dose : une poignée, soit environ deux cuillères à soupe, répartie sur chaque apport de restes de cuisine, puis recouverte d'une couche de matières brunes. Inutile d'en mettre sur les feuilles mortes ou le broyat. Si une odeur persiste malgré tout, revenez aux causes vues plus haut : manque d'air ou excès de vert.
Le conseil de WillyGardez un pot d'activateur à côté de votre bio-seau : une pincée à chaque fois que vous le remplissez, et les restes arrivent au composteur déjà en train de fermenter, sans odeur forte à l'ouverture.
Fabriquer son activateur
Le plus simple, on l'a vu, ne coûte rien : compost mûr, terre de jardin, orties ou fumier. Si vous pratiquez le bokashi, vous pouvez aussi fabriquer vous-même votre son fermenté. Notre kit pour fabriquer votre activateur Bokashi & Compost réunit le son de blé, l'EM-1 et la mélasse. Le principe de notre recette :
Faites tiédir 500 ml d'eau non chlorée, entre 25 et 30 °C. L'eau du robinet doit reposer 24 heures à l'air libre pour que le chlore s'évapore.
Ajoutez 30 ml d'EM-1, mélangez, puis 30 ml de mélasse.
Versez sur 1 kg de son de blé et pétrissez : le son doit être humide, mais pas détrempé.
Tassez-le dans un sac noir fermé par un nœud, placé dans un récipient hermétique, au chaud et à l'obscurité.
Attendez trois semaines sans ouvrir. Une odeur de ferment et un léger voile blanc signent la réussite.
Séché à l'abri de la lumière, il se conserve environ un an. Toutes les étapes sont détaillées dans notre guide du bokashi.
En résumé
Un compost bien équilibré, aéré et correctement humide n'a généralement pas besoin d'activateur : les micro-organismes sont déjà là. Un apport d'azote peut aider face à un excès de matières brunes, et quelques pelletées de compost mûr suffisent pour démarrer. Les micro-organismes efficaces restent une aide facultative pour le compost classique, aux résultats variables selon les études ; notre activateur bokashi y rend surtout service contre les odeurs des restes de cuisine et pour démarrer ou relancer un compost. Il est en revanche indispensable pour réussir un bokashi. Avant d'acheter, commencez toujours par vérifier le mélange, l'air et l'eau.
Scannez le code ou rendez-vous sur fermedumoutta.fr/guide : toutes nos fiches pratiques, avec les liens vers les produits cités.



































