

Compost qui sent mauvais, trop humide, trop sec ou qui n'avance pas : le diagnostic

Un compost en bonne santé ne demande pas grand-chose : il sent le sous-bois, il perd du volume de semaine en semaine et il finit par ressembler à de la bonne terre. Quand quelque chose ne va pas, il vous le signale vite, par une odeur, une texture ou un tas qui ne bouge plus. Rassurez-vous : presque tous ces signaux renvoient à trois réglages seulement, l'air, l'eau et l'équilibre entre matières vertes et brunes.
Si vous utilisez un lombricomposteur, les causes se ressemblent mais les remèdes ne sont pas les mêmes : voyez plutôt notre fiche Mauvaise odeur dans le lombricomposteur.
Odeur d'œuf pourri ou d'égout : le compost manque d'air
C'est le problème le plus courant. Les micro-organismes qui fabriquent un bon compost respirent : ils ont besoin d'oxygène. Quand l'air ne circule plus, d'autres micro-organismes, qui vivent sans oxygène, prennent le relais. Ils produisent alors des gaz malodorants, mais aussi du méthane, un gaz à effet de serre puissant.
L'air manque presque toujours pour la même raison : trop d'eau, et des matières trop fines qui se tassent. Une épaisse couche de tontes fraîches, un grand seau d'épluchures juteuses ou plusieurs semaines de pluie sur un bac ouvert suffisent à boucher tous les interstices du mélange.
Que faire ?
Brassez la masse pour la décompacter et y faire entrer de l'air, à la fourche ou avec un aérateur comme notre Brass'Compost ;
incorporez des matières brunes et grossières : broyat de branches, feuilles mortes, paille, carton brun déchiré ;
si le compost est vraiment détrempé, étalez-en une partie quelques heures au soleil, ou mélangez-y du compost plus sec ou de la terre sèche ;
fermez le couvercle, ou bâchez le tas, pendant les périodes très pluvieuses.
Vérifiez ensuite le résultat avec le test de la poignée : quelques gouttes doivent perler entre les doigts, sans couler. Nous détaillons ce geste et le rythme de brassage dans notre fiche Humidité et aération du compost.
Compost gluant, tassé, qui laisse couler du jus
Cousin du précédent, ce problème se voit avant de se sentir : une masse collante et verdâtre, parfois un jus au pied du composteur. Le coupable le plus fréquent est l'excès de tontes fraîches : versées seules et en couche épaisse, elles forment une galette compacte où l'air ne passe plus.
La correction est identique : du broyat ou des feuilles mortes, puis un bon mélange. Pour les tontes, prenez l'habitude de les laisser sécher étalées au soleil avant de les apporter, ou d'en garder une partie pour pailler le potager et le pied des arbustes. Le bon dosage entre « vert » et « brun » est expliqué pas à pas dans notre fiche Matières vertes et brunes.
Odeur d'ammoniaque : trop de matières azotées
Une odeur piquante, qui rappelle certains produits ménagers, signale un excès d'azote. Le mélange contient beaucoup de matières vertes (tontes, déchets de cuisine, fumier frais) et pas assez de matières carbonées pour les accompagner. Les micro-organismes ne parviennent pas à tout utiliser, et l'azote en trop s'échappe dans l'air sous forme d'ammoniac. C'est autant de fertilisant perdu pour votre jardin.
Le remède tient en deux gestes : ajouter des matières brunes, puis mélanger. Si vous tondez beaucoup, gardez le surplus de tontes pour pailler. Autre cause possible, plus inattendue : la chaux, dont nous parlons plus bas.
Compost sec et fibreux, qui ne bouge plus
Situation inverse : vous soulevez le couvercle et retrouvez des feuilles, des brindilles et des épluchures racornies, presque intactes, des semaines après les avoir déposées. Le mélange manque d'eau, et souvent de matières vertes. Sans humidité, les micro-organismes ralentissent, puis cessent tout simplement de travailler.
Arrosez tout en brassant, pour humidifier l'ensemble de la masse et pas seulement la surface ;
ajoutez des matières vertes et humides : épluchures, fanes du potager, tontes en couche fine ;
coupez ou broyez les morceaux trop gros, qui se décomposent beaucoup plus lentement ;
en été, vérifiez l'humidité plus souvent.
Un compost qui ne chauffe pas : faut-il s'inquiéter ?
Pas forcément. L'explication est simple : dans un composteur familial, la chaleur produite s'échappe facilement, et le compostage se fait le plus souvent sans hausse de température marquée. Cela n'empêche pas d'obtenir un bon compost, simplement en prenant un peu plus de temps.
Si, en revanche, rien ne semble évoluer depuis des semaines, passez en revue les causes possibles :
le volume : un petit tas ou un composteur à moitié vide garde mal sa chaleur ; mieux vaut stocker quelques jours vos matières et faire un apport plus conséquent ;
le mélange : trop de brun ralentit tout, trop de vert asphyxie la masse ;
l'eau : trop sec ou trop humide, le résultat est le même, tout s'arrête ;
l'air : un compost tassé tourne au ralenti ;
la saison : en hiver, l'activité baisse naturellement, et c'est normal (voir notre fiche Composter au fil des saisons).
Dernier cas de figure : votre compost a bien chauffé, puis il ne se réchauffe plus, même après un bon brassage. C'est le plus souvent le signe qu'il s'est stabilisé et qu'il arrive en fin de parcours. Vérifiez alors sa maturité avec les tests de notre fiche Comment savoir si son compost est mûr ?
Le conseil de WillyQuand vous corrigez un compost trop humide, ne vous contentez pas de poser le brun en surface : mélangez-le sur toute la hauteur, à la fourche ou à l'aérateur. Une couche sèche posée sur une masse détrempée ne fait que cacher le problème.
L'aide-mémoire : symptôme, cause, solution
Odeur d'œuf pourri ou d'égout : manque d'air et excès d'eau. Brassez, ajoutez du brun grossier, protégez de la pluie.
Masse gluante, jus qui coule : trop de tontes ou de vert en une fois. Ajoutez du broyat, mélangez, faites sécher les tontes avant de les apporter.
Odeur d'ammoniaque : trop d'azote, ou chaux ajoutée. Ajoutez des matières brunes, renoncez à la chaux.
Sec, fibreux, rien ne bouge : trop de brun, pas assez d'eau. Arrosez en brassant, ajoutez du vert, coupez les gros morceaux.
Ne chauffe pas : petit volume, saison froide ou mélange déséquilibré. Faites des apports plus importants, rééquilibrez, patientez.
Ne se réchauffe plus après brassage : compost probablement stabilisé. Testez sa maturité.
La chaux, une fausse bonne idée
On lit encore qu'il faudrait chauler le compost pour l'assainir. C'est inutile, et même contre-productif : la chaux n'apporte aucun bénéfice au compost. Un compost terminé est déjà légèrement alcalin, et la chaux favorise le dégagement d'ammoniac : vous perdez de l'azote, et vous créez justement l'odeur que vous cherchiez à éviter.
Même prudence avec les cendres de bois : saupoudrées en petite quantité, elles ne posent pas de problème ; versées en grande quantité, elles rendent le mélange bien trop alcalin.
Et les activateurs de compost ?
Soyons francs : quand l'air, l'eau et l'équilibre vert/brun sont bons, le compost fonctionne très bien sans activateur, et une pelletée de compost mûr ou de terre de jardin apporte déjà les micro-organismes utiles. Les rares cas où un activateur peut donner un coup de pouce sont détaillés dans notre fiche Activateurs de compost : utiles ou pas ? Si vous souhaitez essayer, notre Kit pour fabriquer votre activateur Bokashi & Compost permet d'en préparer vous-même.
À retenirOdeur forte : trop d'eau ou trop de vert, ajoutez du brun et de l'air. Compost sec qui ne bouge pas : trop de brun, ajoutez de l'eau et du vert. Dans les deux cas, un bon brassage suffit souvent à tout relancer.
En résumé
Un compost qui sent mauvais manque le plus souvent d'air, parce qu'il est trop humide ou trop chargé en matières vertes : du brun, un brassage et un couvercle fermé par temps de pluie règlent la plupart des cas. Un compost sec et figé réclame au contraire de l'eau et des matières vertes. L'absence de chaleur n'est pas un problème en soi dans un composteur familial, tant que le volume diminue. Oubliez la chaux, gardez une réserve de matière sèche à portée de main, et votre composteur retrouvera vite son odeur de sous-bois.
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