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Agrumes, viande, pain, litières, mauvaises herbes : les déchets du compost qui font débat

Willy le ver de compost en arbitre, sifflet à la bouche, entre des épluchures d'agrumes, du pain et du fromage d'un côté, et une arête de poisson, un os et de la litière de chat de l'autre

Agrumes, viande, pain, litière du lapin… Pour certains déchets, chacun a son avis, et les sources sérieuses elles-mêmes ne disent pas toutes la même chose. Ces divergences s'expliquent : un composteur de jardin, un composteur partagé de quartier et un lombricomposteur n'ont pas les mêmes contraintes.

Plutôt que de trancher au hasard, nous avons comparé les recommandations des principaux guides de compostage. Voici, cas par cas, ce qu'elles disent et la position que nous vous conseillons.

Agrumes : oui, mais en morceaux

Peaux d'agrumes coupées en petits morceaux

C'est sans doute la plus tenace des idées reçues. En réalité, toutes les épluchures d'agrumes peuvent être compostées, en quantité modérée. Certains composteurs collectifs refusent seulement les agrumes « en grande quantité », et des animateurs de compostage parlent carrément de légende urbaine pour le composteur en pleine terre.

Notre position : oui au composteur de jardin, coupés en morceaux pour accélérer leur décomposition, dans les quantités normales d'un foyer. Si vous pressez chaque matin un kilo d'oranges, répartissez les écorces dans le temps et mélangez-les bien. Dans un composteur partagé, suivez la charte du site. Au lombricomposteur, en revanche, on les limite : les vers les apprécient peu.

Viande, poisson, os

Ici, les avis sont vraiment partagés. Certains guides acceptent la viande en petits morceaux, placée au centre du tas, hors de portée des animaux, tout en conseillant de la limiter. D'autres la refusent, car elle attire rongeurs, chiens et chats. Le fabricant des composteurs rotatifs Maze exclut les gros morceaux de viande et les os.

Notre position : à déconseiller dans un tas ouvert et dans un composteur partagé. Dans un bac bien fermé, de petits restes enfouis au cœur de la matière restent tolérables. Les os, eux, se décomposent très lentement et attirent les animaux : mieux vaut les écarter.

À retenir

Le composteur de jardin ne chauffe pas assez pour assainir la viande ou les plantes malades. C'est la vraie raison des exclusions : non pas parce que ces déchets ne se décomposent pas, mais parce qu'ils attirent les nuisibles ou risquent de propager germes et maladies.

Pain, laitages, plats cuisinés

Là aussi, les avis divergent. Certains guides acceptent le pain, les laitages et les croûtes de fromage. Beaucoup de composteurs collectifs les refusent à cause des odeurs et des animaux, et d'autres conseils invitent à éviter laitages et plats cuisinés en compost familial.

Notre position : en petites quantités, coupés et enfouis au centre du composteur, jamais déposés en surface. Un croûton ou une croûte de fromage de temps en temps ne pose aucun problème. Une casserole de reste de sauce à la crème, si : ce type de déchet gras ira mieux au bokashi. Dans un composteur partagé, la charte du site fait foi.

Litières : herbivores oui, chat et chien non

Les crottes de lapin ou de cochon d'Inde, mélangées à leur litière de paille, de foin ou de copeaux, sont d'excellents apports : riches en azote, accompagnées de matière sèche. Les crottes de lapin, en particulier, vont au compost sans difficulté.

La litière de chat et les crottes de chien ou de chat, en revanche, sont à exclure. Ces animaux carnivores peuvent transmettre des parasites et des maladies à l'homme, et le compost familial ne chauffe pas assez pour les détruire. Les litières minérales (argile, silice) ne se compostent de toute façon pas.

Le saviez-vous ?

La litière des petits herbivores fait un très bon « activateur » naturel du compost : elle apporte à la fois de l'azote (les crottes) et de la matière sèche (la paille ou les copeaux), soit exactement le mélange recherché.

Mauvaises herbes montées en graines et vivaces

Mauvaises herbes montées en graines : à écarter du composteur

Les jeunes mauvaises herbes arrachées avant la floraison sont de bonnes matières vertes. Le problème commence quand elles portent des graines. Il faut environ 30 jours à 63 °C ou plus pour détruire les graines des espèces les plus résistantes. Un composteur familial n'atteint presque jamais ces températures : la chaleur s'y échappe trop facilement.

Notre position : oui avant la montée en graines, non après. Les vivaces qui repartent de leurs racines ou rhizomes (chiendent, liseron, rumex…) sont aussi à écarter. Certains jardiniers les laissent d'abord sécher longuement au soleil, jusqu'à ce qu'elles soient bien mortes, avant de les composter : à faire seulement si vous êtes sûr du résultat. Sinon, vous les replanterez vous-même en épandant votre compost.

Même prudence pour les tontes d'une pelouse traitée au désherbant sélectif : elles n'ont pas leur place au compost. Attendez au moins huit semaines après le traitement avant d'utiliser ces tontes en paillage ; le plus simple est encore de les laisser sur la pelouse.

Plantes malades

Feuilles de tomates touchées par le mildiou, rosiers couverts d'oïdium, fruits momifiés par la moniliose : ne les mettez pas au composteur. Là encore, la température d'un compost familial ne suffit pas à éliminer les champignons et les bactéries responsables, qui risqueraient de revenir au potager avec le compost. Les plantes malades vont plutôt en déchèterie, avec les déchets verts.

La solution bokashi pour les restes « interdits »

Si vous ne voulez rien jeter, il existe une solution complémentaire pour la viande, le poisson, les laitages et les restes de plats : le bokashi. Ce seau hermétique fait fermenter les déchets pendant environ trois semaines grâce à un son enrichi en micro-organismes, l'Activateur de compost Bokashi EM. Le résultat n'est pas encore un compost : il doit ensuite finir sa transformation dans un composteur ou être enfoui dans une terre non cultivée. Une fois fermentés, ces restes attirent en général moins les animaux.

Pour tout savoir sur la méthode, rendez-vous sur notre guide du bokashi. Et si vous préférez fabriquer vous-même votre son fermenté, le Kit pour fabriquer votre activateur Bokashi & Compost contient le nécessaire.

Le conseil de Willy

Pour les foyers qui ont des rongeurs dans le quartier, un composteur rotatif fermé et surélevé est plus difficile d'accès qu'un tas ouvert. Il ne rend pas la viande compostable pour autant, mais il limite les visites indésirables pour tout le reste.

Pour la liste complète de ce qui va, ou ne va pas, au composteur, consultez notre fiche Que mettre dans son composteur ? Et si vous avez aussi un lombricomposteur, ses règles sont plus strictes : voyez ce que l'on peut donner à manger aux vers.

En résumé

Agrumes : oui au jardin, en morceaux et en quantités normales. Pain et laitages : un peu, enfouis. Viande et os : plutôt non, sauf petits restes dans un bac fermé, et le bokashi est la meilleure option. Litières d'herbivores : oui ; chat et chien : non. Mauvaises herbes en graines, vivaces et plantes malades : non, car un composteur familial ne chauffe pas assez pour les neutraliser. En composteur partagé, la charte du site prime toujours.

https://www.fermedumoutta.fr/guide/agrumes-viande-litiere-compost
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