

Bokashi et lombricomposteur : comment donner son bokashi fermenté aux vers sans les acidifier

Vous avez déjà un lombricomposteur et vous hésitez à ajouter un seau de bokashi ? Ou l'inverse ? Les deux méthodes se complètent bien, surtout en appartement : le bokashi accepte les restes que les vers n'aiment pas, et les vers peuvent ensuite terminer le travail sur le pré-compost fermenté.
Mais l'association demande un peu de doigté. Le bokashi est acide, et les vers aiment un milieu neutre. Voici comment faire cohabiter les deux sans mettre votre colonie en difficulté, et ce que l'on peut honnêtement en attendre.
Pourquoi associer les deux méthodes
Un lombricomposteur se nourrit surtout d'épluchures. La viande, le poisson, les laitages, les plats en sauce ou les agrumes en quantité n'y ont pas leur place, comme nous l'expliquons dans notre fiche Que donner à manger aux vers ?. Le seau de bokashi, lui, accepte la plupart de ces restes.
En associant les deux, vous valorisez presque tous vos déchets de cuisine sans jardin :
les épluchures et le marc de café vont directement aux vers ;
les restes de repas, la viande et le poisson en petits morceaux, les agrumes vont au bokashi ;
une partie du bokashi fermenté rejoint ensuite le lombricomposteur, par petites quantités.
Si vous n'êtes pas encore équipé, un modèle à plateaux comme le lombricomposteur WORMbox se prête bien à cette association, car il est facile d'y réserver un coin au bokashi. Le bokashi a aussi un avantage pour les vers : sa matière est déjà ramollie par la fermentation, donc facile à attaquer pour les micro-organismes dont les vers se nourrissent.
Le problème : l'acidité et le sel
Les vers de compost se portent bien dans un milieu au pH proche de la neutralité, entre 7 et 8. Or le bokashi fermenté est très acide : son jus a un pH de 3,5 à 4,9 selon les mesures. Déposé en grande quantité, il fait chuter le pH de toute la litière, et les vers ne peuvent plus s'en éloigner.
Les vers savent pourtant gérer un apport acide, à une condition : pouvoir l'éviter. Placé dans un coin, le bokashi est d'abord boudé pendant quelques jours, parfois une à deux semaines, le temps que son acidité baisse au contact de la litière. Puis les vers s'en approchent et le consomment.
Autre point d'attention : le sel. Les restes de plats cuisinés rendent le bokashi plus salé, et le sel déshydrate les vers. Dans un essai de terrain qui comparait des vers nourris avec ou sans bokashi, les échantillons « bokashi » étaient d'ailleurs plus riches en sodium. Sur le schéma : un lit de carton sec (1), une petite portion de bokashi (2) et des coquilles d'œufs broyées (3), dans un seul coin du plateau.
Le saviez-vous ?Un pratiquant qui avait versé trop de bokashi d'un coup dans un lombricomposteur d'intérieur a vu tout le bac tourner à l'aigre. Le même bokashi, donné en plus petite quantité à un grand bac extérieur, a été consommé rapidement. Tout est donc une question de dose.
La méthode : petites quantités, dans un coin, sur une litière sèche
- Choisissez un seau à dominante végétale. Si votre seau contient surtout de la viande, des laitages, du gras ou des restes salés, préférez l'enfouir ou le mettre au compost.
- Égouttez bien le bokashi : ne versez jamais le jus du seau dans le lombricomposteur.
- Préparez un refuge : dans un coin du plateau actif, étalez une couche de litière sèche, du carton brun déchiqueté ou du papier journal. Elle absorbe l'humidité et sert de zone tampon.
- Déposez une petite quantité de bokashi sur cette litière, l'équivalent d'un petit bol pour commencer, jamais tout le seau. Aucune source ne donne de dose chiffrée : c'est un point de départ prudent, à ajuster selon la taille de votre bac.
- Saupoudrez de coquilles d'œufs broyées, ou de notre RegulaWorm, pour aider à corriger l'acidité.
- Recouvrez d'un peu de litière sèche ou d'une feuille de carton humide.
- Attendez que ce soit consommé avant de remettre du bokashi, et continuez à nourrir les vers normalement ailleurs dans le bac.
Vous augmenterez progressivement les quantités en observant vos vers. Le reste du seau peut attendre, fermé, plusieurs semaines, ou passer par un bac de terre comme expliqué dans notre fiche Pas de jardin ? Que faire de son bokashi.
Le conseil d'EmyMélangez le bokashi avec au moins autant de carton déchiqueté, de papier journal ou de fibre de coco avant de le déposer dans le bac. Cette litière absorbe l'excès d'humidité, dilue l'acidité et donne aux vers une matière qu'ils apprécient.
Une variante plus douce : laisser mûrir d'abord
Si vos vers sont sensibles, ou si vous débutez, laissez d'abord le bokashi deux à trois semaines dans un bac de terre. Son acidité retombe, il se transforme en partie, et vous le donnez ensuite aux vers sans risque de déséquilibre. C'est plus long, mais c'est la méthode la plus sûre.
Corriger l'acidité : coquilles d'œufs et carbonate de calcium
Les coquilles d'œufs broyées sont le correcteur le plus simple : séchées, puis réduites en poudre, elles se dissolvent peu à peu au contact du milieu acide. Notre RegulaWorm, un mélange chaulé 100 % naturel conçu pour le lombricomposteur, agit plus vite : une cuillère à soupe par semaine suffit, et c'est une bonne solution si vous ne consommez pas d'œufs. D'autres pratiquants utilisent un amendement calcaire doux, comme la dolomie ou la chaux agricole (carbonate de calcium), en petite quantité.
N'utilisez jamais de chaux vive ni de chaux de construction : elles sont caustiques pour les vers et pour les micro-organismes. Et inutile de chercher à neutraliser tout le seau : un coin de bac et une bonne litière suffisent dans la plupart des cas.
Les signes que ça va bien, ou mal
Tout va bien
- Après quelques jours, les vers se rassemblent sous et dans le bokashi.
- L'odeur aigre s'estompe en quelques jours, et le bac sent de nouveau le sous-bois.
- Le bokashi se transforme en une matière sombre, comme le reste du lombricompost.
Il faut réagir
Les vers remontent le long des parois ou fuient le plateau.
Une odeur aigre ou de pourri persiste dans tout le bac.
La litière devient détrempée, ou les moucherons se multiplient.
Dans ce cas, arrêtez le bokashi, retirez ce qui n'a pas été consommé, ajoutez une bonne couche de litière sèche et des coquilles broyées. Notre fiche Vers qui fuient le lombricomposteur détaille les gestes pour rétablir l'équilibre.
Ce que dit la recherche : des résultats encore peu concluants
Le bokashi est souvent présenté comme un moyen d'obtenir un lombricompost « enrichi ». Les données ne permettent pas de l'affirmer. Un essai de terrain mené sur plusieurs saisons, qui comparait des vers nourris avec ou sans bokashi, a conclu à des résultats non concluants. Le lombricompost issu du bokashi était même un peu moins riche en calcium, magnésium et potassium, il contenait plus de sodium, et ses auteurs ont estimé que le bénéfice ne justifiait peut-être pas le surcoût et le travail supplémentaire.
Nous en retenons une chose : associer bokashi et vers est avant tout une solution pratique pour valoriser plus de déchets sans jardin, pas une recette pour obtenir un meilleur lombricompost. Si vous n'avez qu'une seule méthode à choisir pour vos épluchures, le lombricomposteur reste la plus complète, comme nous l'expliquons dans notre fiche Bokashi, compost ou lombricompost : quelle méthode choisir ?.
À retenirBokashi et vers font bon ménage à petites doses : un bokashi égoutté, à dominante végétale, déposé dans un coin sur une litière sèche, avec des coquilles broyées, et jamais plus que ce que les vers consomment en quelques jours.
En résumé
Le bokashi permet de traiter les restes que les vers refusent, et les vers peuvent ensuite finir une partie du pré-compost. La clé, c'est la modération : le bokashi est acide et parfois salé, il se donne en petites quantités, dans un coin du bac, sur une litière sèche, avec des coquilles d'œufs broyées. Observez vos vers, augmentez progressivement, et passez par un bac de terre si vous voulez jouer la sécurité. Vous valoriserez ainsi presque tous vos déchets de cuisine, sans promettre pour autant un lombricompost plus riche.
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