

Les autres bokashis : bocashi agricole, paillage EM, herbe fermentée et boules d'étang

Vous avez peut-être croisé le mot « bokashi » sur un sac de paillage, sur des boules d'argile pour bassin ou dans un article sur un engrais fermenté venu d'Amérique latine. À première vue, rien à voir avec le seau de votre cuisine. C'est pourtant le même mot, et la même idée de départ : faire fermenter de la matière organique avant de la rendre au sol ou à l'eau.
Ce tour d'horizon vous aide à vous y retrouver : ce que recouvre chaque « bokashi », comment il se prépare et ce que l'on peut raisonnablement en attendre. Le paillage et les boules d'étang ont chacun leur fiche détaillée dans notre guide des micro-organismes efficaces.
Un même mot pour plusieurs produits
Au jardin, le mot bokashi désigne selon les cas :
la méthode de fermentation elle-même ;
l'activateur, ce son fermenté que l'on saupoudre sur les déchets du seau ;
le produit obtenu, qu'il s'agisse de restes de cuisine, de fumier, d'herbe ou de déchets verts fermentés ;
des produits prêts à l'emploi : paillages, engrais fermentés, boules pour bassin.
Leur point commun : une matière organique, souvent du son, du fumier ou des végétaux, ensemencée de micro-organismes de fermentation. Leurs différences sont pourtant grandes. Certains fermentent à l'abri de l'air sans chauffer, comme le seau de cuisine ; d'autres montent en température comme un compost.
Le « bocashi » d'Amérique latine : un engrais qui chauffe
En Amérique centrale et du Sud, le bocashi, avec un c, est un engrais solide fabriqué à la ferme. On y mélange typiquement du fumier de volaille, de la terre, du son ou de la farine de riz, du charbon de bois broyé, de la balle de riz, de la mélasse, et de la levure ou des micro-organismes récoltés en forêt. Le tas est humidifié juste ce qu'il faut : une poignée pressée doit se tenir sans goutter.
La suite n'a rien d'un seau hermétique. Le tas chauffe, entre 45 et 65 °C selon les recettes, et on le retourne régulièrement, parfois deux fois par jour, pour éviter qu'il ne surchauffe. Il est prêt en deux semaines environ, souvent suivies d'une période de maturation avant l'épandage. C'est donc un cousin du compost chaud bien plus que du bokashi de cuisine.
Ce bocashi est de loin le plus étudié : une analyse des publications scientifiques en a recensé 161 entre 1999 et 2022, venues surtout du Brésil, d'Indonésie et du Mexique. Gardez-le en tête quand vous lisez qu'« une étude a montré que le bokashi… » : il s'agit souvent de cet engrais agricole, pas de votre seau. Mal mûri, il peut d'ailleurs gêner les cultures : dans un essai, trois bokashis à base de fumier n'étaient ni stables ni mûrs, et tous freinaient nettement la germination. Pour savoir ce que les études disent du bokashi de cuisine, voyez Bokashi et EM : ce que dit vraiment la science.
Le bokashi agricole sous bâche
En Europe, le bokashi agricole suit plutôt la logique du seau de cuisine, à grande échelle : on fait fermenter à l'abri de l'air du fumier, de l'herbe, des feuilles, des résidus de culture ou des déchets verts. La méthode proposée par Agriton, le fabricant du Microferm, prévoit pour une tonne de matière environ 2 litres de Microferm, 12 kg de chaux de coquillages et 12 kg de minéraux argileux. Le tout est mélangé, tassé, puis recouvert d'une bâche hermétique pendant au moins huit semaines avant d'être épandu. À ces volumes, on peut aussi préparer sa solution soi-même : de l'EM-1 activé dans une cuve chauffée comme notre Activateur EM, selon la méthode de notre fiche Activer l'EM-1 : fabriquer son EM-A.
La chaux de coquillages, grossière et lente à agir, sert à tempérer l'acidité, surtout avec des matières riches en sucres comme l'herbe. Le fabricant déconseille en revanche la chaux fine, jugée trop agressive pour les micro-organismes. C'est sur ce type de tas qu'ont été mesurées les pertes de matière et d'azote les plus faibles par rapport à un compost classique.
Fermenter ses tontes de gazon
Au jardin, la même méthode permet de valoriser l'herbe tondue que l'on ramasse. Le principe, tel que le décrit le fabricant : pulvériser des EM dilués sur l'herbe, au moment de la tonte ou juste après, bien mélanger, rassembler en tas, tasser fermement, puis couvrir d'une bâche. Après environ six semaines à l'abri de l'air, l'herbe fermentée sert d'amendement, mélangée à la terre ou enfouie comme un bokashi de cuisine.
Deux précautions. Évitez une herbe détrempée, qui a tendance à pourrir au lieu de fermenter. Et n'utilisez pas de tontes d'une pelouse traitée avec un désherbant : certains résidus résistent même au compostage. Les doses et le pas à pas sont dans notre fiche Accélérer son compost avec les EM (et valoriser les tontes).
Le conseil d'EmyTassez le tas d'herbe en le piétinant couche par couche, puis lestez les bords de la bâche avec des pierres ou de la terre pour que l'air ne puisse pas s'y glisser.
Le paillage de bokashi pour le sol et la pelouse
Le paillage de bokashi est un produit du commerce prêt à l'emploi : une matière organique fermentée aux EM, conçue pour être épandue sur le sol. Ne le confondez pas avec le contenu de votre seau de cuisine. Celui-ci, acide et humide, ne s'étale jamais en surface : il s'enfouit, mélangé à la terre, comme l'explique notre fiche Enfouir son bokashi au jardin.
Notre Paillage de Bokashi EM pour le sol s'utilise au potager, au pied des massifs ou pour préparer une pelouse, épandu puis légèrement incorporé à la terre. Avant un semis de gazon, le fabricant conseille de l'apporter environ deux semaines à l'avance. Les quantités, le calendrier et ce que l'on peut en attendre sont détaillés dans la fiche Utiliser les EM au potager ; reportez-vous aussi à l'étiquette du produit.
Le saviez-vous ?Le bokashi de tontes repose exactement sur le même principe que l'ensilage préparé par les éleveurs pour l'hiver : de l'herbe tassée, privée d'air, qui se conserve grâce aux bactéries lactiques.
Les boules d'étang
Les boules EM pour bassin sont faites, selon le fabricant, d'argile ou de bentonite, de son de bokashi, de mélasse, de Microferm et de poudre de céramique. Séchées puis déposées au fond d'un bassin privé, elles se délitent lentement dans la vase. Le fabricant leur attribue un rôle dans la décomposition de la vase et des odeurs.
Les évaluations indépendantes sont rares et vont dans des sens opposés. Dans un bassin de rétention d'eaux pluviales, l'ammonium a baissé d'environ 65 % après la pose, mais sur une courte période et avec une seule densité de boules testée. À l'inverse, un essai de deux ans, présenté en 2025 mais pas encore publié dans une revue, n'a vu aucune amélioration sur le terrain ; en cuve, les boules ont dégradé l'eau, avec beaucoup plus de phosphates, moins d'oxygène et un apport possible de bactéries indicatrices de contamination fécale. Notre position : un usage raisonné dans un bassin privé, en complément d'une bonne gestion des feuilles et des nutriments, et jamais dans une rivière, un lac ou un étang public. Tout est expliqué dans la fiche Boules de bokashi pour bassin ; nos EM Bokashi boules d'étang sont accompagnées de leur mode d'emploi.
Ce que l'on peut en attendre
Tous ces bokashis ont un atout commun : ils transforment des matières organiques en un produit stable, qui se stocke sans pourrir et perd peu de matière jusqu'à son utilisation. Les bénéfices pour le sol viennent avant tout de cette matière organique, et les essais n'ont pas montré d'effet propre des micro-organismes ajoutés. Choisissez donc le bon bokashi pour le bon usage, suivez les doses de l'étiquette, et gardez des attentes mesurées.
À retenirMême famille, usages différents : le contenu du seau de cuisine et les tontes fermentées se mélangent à la terre, le paillage du commerce est le seul fait pour être épandu, et les boules d'étang restent réservées aux bassins privés.
En résumé
Le mot bokashi recouvre plusieurs produits fermentés. Le bocashi latino-américain est un engrais qui chauffe et se retourne, plus proche du compost chaud ; le bokashi agricole européen fermente sous bâche pendant au moins huit semaines ; les tontes de gazon peuvent être fermentées de la même façon en six semaines environ. Le paillage de bokashi est un amendement prêt à épandre, à ne pas confondre avec le contenu du seau de cuisine, qui s'enfouit toujours. Quant aux boules d'étang, les rares évaluations indépendantes sont contradictoires : elles se réservent aux bassins privés, jamais aux cours d'eau. Dans tous les cas, l'intérêt vient surtout de la matière organique fermentée, à utiliser selon l'étiquette et sans promesses excessives.
Scannez le code ou rendez-vous sur fermedumoutta.fr/guide : toutes nos fiches pratiques, avec les liens vers les produits cités.




































