Ferme du Moutta
Guide pratiqueBokashi

Bokashi et EM : ce que dit vraiment la science (fermentation, pathogènes, gaz, sol)

Emy, la mascotte des micro-organismes efficaces, avec de petites lunettes rondes, observe au microscope à côté d'un bocal de bokashi, d'une boîte de Petri et d'une bandelette de pH

Le bokashi a ses fervents défenseurs, qui lui prêtent toutes les vertus, et ses sceptiques, qui n'y voient qu'un seau de déchets marinés vendu avec un produit miracle. La réalité se situe entre les deux, et elle est plus intéressante que les slogans.

Nous fabriquons nous-mêmes notre activateur : raison de plus pour être précis. Voici ce que montrent les études publiées, ce qu'elles ne montrent pas, et ce qu'il reste à prouver. Si vous découvrez la méthode, commencez par notre fiche Qu'est-ce que le bokashi ?.

Ce qui est bien établi : une fermentation qui acidifie et conserve

Dans un seau fermé et tassé, les restes de cuisine subissent une fermentation lactique, comme le chou de la choucroute ou l'herbe de l'ensilage. Des bactéries transforment une partie des sucres en acides, surtout en acide lactique. Dans les analyses publiées, le jus de seaux domestiques avait un pH de 3,5 à 4,9. À ce niveau d'acidité, les microbes de la putréfaction sont freinés : les déchets se conservent au lieu de pourrir.

Cette fermentation consomme aussi très peu de matière. Dans un essai mené à l'échelle d'une ferme, de l'herbe de fauche fermentée sous bâche n'a perdu que 3 à 6 % de sa masse en six à huit semaines, contre environ 60 % pour la même herbe compostée à l'air. Les pertes d'azote ont été de 0 à 1,7 %, contre 10 à 16 %. Ces chiffres viennent d'une étude à laquelle a participé Agriton, le fabricant du Microferm : ils sont cohérents avec ce que l'on sait de la fermentation, mais méritent d'être confirmés par des équipes indépendantes.

Attention toutefois : une fois enfoui, le bokashi est décomposé par la vie du sol, et une bonne partie de son carbone repart, là aussi, en gaz carbonique. La fermentation déplace la décomposition ; elle ne la supprime pas.

À retenir

Le bokashi est d'abord une méthode de conservation : il stabilise les déchets et garde leurs éléments nutritifs. La transformation se fait ensuite dans la terre.

Ce qu'on trouve vraiment dans un seau de cuisine

Une étude pilote publiée en 2026 a analysé l'ADN des micro-organismes de seaux chez six particuliers en Finlande. Le résultat est net : les bactéries lactiques dominent à toutes les étapes, surtout les genres Lentilactobacillus et Lacticaseibacillus, cousins des ferments de l'ensilage ou du kéfir. Dans un même foyer, la population du seau ressemblait souvent à celle du son utilisé : l'activateur ensemence bien le seau.

Autre enseignement : les bactéries photosynthétiques, souvent citées dans la composition des EM, n'ont pas été retrouvées dans les sons du commerce analysés, et les levures étaient rares dans le seau.

Sécurité sanitaire : ce que l'acidité fait, et ce qu'elle ne fait pas

Les micro-organismes potentiellement pathogènes y étaient présents, comme partout où il y a des restes alimentaires, mais en très faible quantité : en moyenne 0,2 % des séquences avec une méthode d'analyse, 0,04 % avec l'autre. Les auteurs concluent que le bokashi domestique n'est probablement pas associé à un risque sanitaire accru. Rassurant, mais six foyers, cela reste une étude pilote.

Le bokashi n'est pas pour autant un procédé qui assainit. Sur des matières bien plus chargées, comme les excréments, la fermentation lactique fait reculer certaines bactéries indicatrices de contamination, mais ne suffit pas seule : les organismes les plus résistants, comme certains œufs de parasites, ne sont pas toujours éliminés. Le seau ne chauffe pas et n'atteint jamais les températures qui hygiénisent un compost bien mené. C'est l'une des raisons pour lesquelles on n'y met jamais de déjections animales.

Même prudence pour les résidus de traitement. Une petite étude exploratoire, publiée en 2026, a suivi des seaux remplis d'agrumes traités après récolte : au bout de six semaines, deux fongicides n'avaient pas disparu et passaient de plus en plus dans le jus. La fermentation ne dépollue pas les déchets.

Le conseil d'Emy

Enfilez des gants pour vider et enfouir votre seau, puis lavez-vous les mains, comme après tout travail avec des déchets ou de la terre.

Effets sur le sol et les plantes : encourageants, mais limités

Rangs d'épinards dans un sol enrichi
  • Au potager, un essai sur épinards a comparé du bokashi de cuisine à un compost et à un lombricompost. En serre, le bokashi a donné autant de feuillage que le lombricompost ; en plein champ, le rendement commercialisable de la deuxième coupe a été significativement plus élevé.
  • En pépinière, un bokashi de pulpe d'agrumes a amélioré la germination de graines de porte-greffe (24 % contre 16 % pour le témoin) et la hauteur des jeunes plants, dans un seul essai sous serre.
  • Face au compost, l'avantage s'efface. Dans un essai en pots, bokashi et compost faits des mêmes déchets ont donné des résultats très proches : une seule comparaison sur seize était significativement en faveur du bokashi.

Ces essais éclairent une consigne pratique. Au moment de l'enfouissement, la terre mélangée au bokashi contenait 288 mg d'ammonium par kilo, contre moins de 5 dans la terre témoin, un niveau qui retombait en quelques semaines. Ajoutez l'acidité et les sels, et vous comprenez pourquoi il faut attendre au moins deux semaines avant de planter.

Le jus, lui, est riche en potassium mais pauvre en azote : utilisé seul, il a donné des plantes bien moins développées qu'un engrais minéral. Sur des plants de tomate, un arrosage au jus très dilué a donné des tiges plus épaisses d'environ 13 %, mais la différence de hauteur n'était pas significative, sur quelques plants seulement. Voyez Le jus de bokashi : dilution, usages et limites.

Le rôle des EM : ce qui revient aux microbes, ce qui revient à la matière

Au champ. Un essai de quatre ans en Suisse a comparé des EM vivants à des EM stérilisés, seuls ou avec du bokashi agricole. Les EM seuls n'ont rien changé ; avec du bokashi, quelques effets irréguliers sont apparus, identiques avec les EM vivants et stérilisés : ils venaient des éléments nutritifs du bokashi, pas des micro-organismes. Un essai en pots n'a pas non plus trouvé de différence entre un bokashi fait avec et sans EM.

Dans le seau. Les déchets portent naturellement des bactéries lactiques, et une fermentation spontanée est possible, mais elle est moins prévisible. Un essai sur seaux domestiques a comparé des EM vivants, des EM stérilisés et des déchets seuls : les émissions totales ne différaient pas, mais le méthane était plus faible avec les EM vivants pendant le repos. L'inoculant a donc un effet mesurable, mais modeste, sur la fermentation.

Notre lecture. L'activateur sert surtout à installer vite une fermentation lactique dominante, avant que la putréfaction ne démarre ; le son y contribue en absorbant l'humidité et en nourrissant les ferments. C'est ainsi que nous concevons notre activateur de compost Bokashi EM : une assurance de réussite, pas une potion. En revanche, l'idée que les EM colonisent durablement le sol n'est pas démontrée. Pour le dosage, voyez Le son de bokashi ; pour les autres usages des EM, notre fiche Ce que dit la science sur les micro-organismes efficaces fait le point.

Gaz à effet de serre : ce que l'on sait vraiment

L'essai sur seaux domestiques a mesuré le gaz carbonique, le méthane et le protoxyde d'azote pendant la fermentation. Mais personne n'a encore mesuré les émissions de la seconde étape, dans le sol ou le bac de terre, alors que c'est là que se fait l'essentiel de la décomposition. À l'échelle agricole, l'essai sur l'herbe de fauche a calculé une empreinte environ dix fois plus faible par tonne de matière que le compostage en andain, mais en ne comptant que la phase de fermentation et le carburant, et avec la participation du fabricant.

Notre position : le bokashi limite probablement les pertes pendant le stockage des déchets, mais son bilan climatique complet reste à établir. Pour comparer les méthodes, voyez Bokashi, compost ou lombricompost.

Ce qu'il reste à prouver

  • La destruction des graines d'adventices : rien ne la démontre pour le seau de cuisine. Un essai agricole sous bâche n'a vu survivre aucune graine, mais ses auteurs jugent la question à étudier. Dans l'ensilage, fermentation très proche, la plupart des graines meurent en trois à six mois, mais les graines à enveloppe dure résistent souvent. Deux semaines de seau, c'est bien plus court : n'y mettez pas de mauvaises herbes montées en graines.
  • L'effet sur les rats : aucune étude ; un bokashi bien enfoui est sans doute moins attirant, sans plus.
  • Les effets à long terme sur le sol : aucun essai de plusieurs années avec du bokashi de cuisine.
  • La supériorité des EM sur d'autres ferments lactiques : jamais démontrée dans un seau de cuisine.
Le saviez-vous ?

La plupart des publications scientifiques sur le « bokashi » ne parlent pas du seau de cuisine, mais d'engrais fermentés agricoles, très étudiés au Brésil, en Indonésie et au Mexique. Les études sur le bokashi domestique se comptent encore sur les doigts de quelques mains.

En résumé

Les études confirment l'essentiel : une fermentation lactique qui acidifie et conserve les déchets avec très peu de pertes, et des pathogènes très rares dans les seaux analysés. Les effets sur les plantes sont encourageants mais modestes, proches de ceux d'un bon compost, et viennent surtout de la matière organique ; l'activateur, lui, sert à réussir la fermentation. L'absence de gaz à effet de serre, la destruction des graines, l'effet sur les rats et l'assainissement restent à prouver. C'est un bon outil pour rendre ses restes à la terre, sans promesses excessives.

https://www.fermedumoutta.fr/guide/bokashi-em-ce-que-dit-la-science
Retrouvez cette fiche et tout le guide en ligne

Scannez le code ou rendez-vous sur fermedumoutta.fr/guide : toutes nos fiches pratiques, avec les liens vers les produits cités.

Moyens de paiement acceptés

Donnons de la vie à la terre

À ce jour, nos clients ont recyclé 102087,027 tonnes de déchets organiques grâce à nos produits depuis 2007. En savoir plus ›

Suivez-nous sur nos réseaux :

Ferme du Moutta
Site développé par nous-mêmes avec ❤️
Tous droits réservés 2007-2026.