

Jus de bokashi : dilution, usages et limites du « thé de bokashi » pour vos plantes

Au fond de votre seau, un liquide ambré s'accumule au fil des jours : c'est le jus de bokashi, que l'on appelle aussi « thé de bokashi ». On lui prête parfois toutes les vertus. La réalité est plus nuancée : bien dilué et versé au pied des plantes, c'est un petit complément nutritif intéressant ; pur, il est trop acide et trop concentré pour elles.
Cette fiche fait le point sur ce qu'il contient vraiment, la dilution à respecter, la bonne façon de l'utiliser et ce qu'il ne faut pas en attendre.
D'où vient le jus et ce qu'il contient
Le jus est l'eau que libèrent les déchets en fermentant, tassés sous leur propre poids. Sa quantité dépend surtout de ce que vous mettez dans le seau : les fruits et légumes en donnent beaucoup, le pain et les restes cuits beaucoup moins. Il apparaît souvent au bout de quelques jours, parfois seulement la deuxième semaine, et il est normal d'en avoir peu en hiver.
Plusieurs analyses permettent de savoir ce qu'il contient :
Il est très acide : son pH se situe entre 3,5 et 4,9 selon les mesures, une acidité comparable à celle d'un jus d'orange.
Il est pauvre en azote : de l'ordre de 130 à 300 mg par litre, presque entièrement sous forme d'ammonium.
Il est riche en potassium et en phosphore : environ 2 400 à 4 300 mg de potassium par litre et 500 à 1 000 mg de phosphore dans les échantillons analysés.
Il peut être salé : les jus issus de restes de plats cuisinés contenaient beaucoup plus de sodium et de chlorures que ceux issus d'épluchures.
Il est vivant : on y trouve surtout des bactéries lactiques, celles qui ont fait fermenter le seau.
Le saviez-vous ?Dans une analyse de jus provenant de quatre cuisines différentes, le jus d'un foyer qui mettait surtout des épluchures était le plus riche en potassium, phosphore et calcium, et parmi les moins salés. Le jus le plus intéressant pour les plantes vient donc des épluchures, pas des restes de repas.
La bonne dilution : 1 cl par litre au minimum
La règle de base, que l'on retrouve dans nos notices comme chez la plupart des fabricants, est une dilution à 1:100, c'est-à-dire 1 cl de jus (10 ml) pour 1 litre d'eau. Pour un arrosoir de 10 litres, cela fait 10 cl, soit un petit verre. C'est un minimum : certaines sources recommandent 1:200, voire davantage, si vous arrosez plus d'une fois par semaine ou si vos plantes sont sensibles.
Diluer davantage ne fait courir aucun risque. Diluer moins, en revanche, expose les racines à un liquide acide et salé. Dans le doute, mettez moins de jus, jamais plus.
Côté fréquence, un arrosage au jus une fois par semaine à une fois tous les quinze jours suffit largement. Le reste du temps, arrosez à l'eau claire. Sur le schéma : une dose de 1 cl de jus (1) pour 1 litre d'eau (2).
Le conseil d'EmyGardez une seringue doseuse ou un petit verre gradué près de l'arrosoir, réservé au jus. Vous doserez juste en quelques secondes, sans jamais verser « au jugé ».
Arroser au pied, pas sur les feuilles
Versez toujours le jus dilué sur la terre, au pied des plantes, sur un sol déjà un peu humide. Certains fabricants l'autorisent en pulvérisation sur le feuillage tôt le matin, mais les feuilles sont beaucoup plus sensibles que les racines, et ce mélange acide peut les marquer. Nos notices le déconseillent, et nous maintenons ce conseil : au sol uniquement.
Le jus dilué convient aux plantes du potager, aux massifs, aux arbustes et aux plantes d'intérieur.
Semis et jeunes plants : diluer bien davantage
Pour les semis, les plantules et les boutures, diluez entre 1:500 et 1:1000, soit 1 à 2 ml par litre d'eau. Une cuillère à café (5 ml) dans un arrosoir de 5 litres donne 1:1000 ; dans 2,5 litres, environ 1:500.
Un essai publié sur des plants de tomate a utilisé exactement ces dilutions : graines trempées une demi-heure dans du jus dilué à 1:500, puis arrosage hebdomadaire à 1:1000. Selon ses auteurs, le diamètre des tiges était plus grand d'environ 13 % que chez les plants arrosés à l'eau. Les plants traités étaient aussi un peu plus hauts, mais cette différence n'était pas statistiquement significative, et l'essai ne portait que sur quelques plants. C'est encourageant, sans plus. Pour aller plus loin sur les semis et les micro-organismes, voyez la fiche du guide EM Semis, plants et rempotage avec les EM.
À utiliser vite : dans les 24 à 48 heures
Le jus est un liquide vivant, qui évolue vite une fois sorti du seau. Nous conseillons de l'utiliser dans la journée ou le lendemain de la vidange, et de ne diluer que la quantité nécessaire. Si vous devez le garder quelques jours, mettez-le dans une bouteille bien remplie et fermée, au réfrigérateur ou dans un endroit frais et sombre. Certains fabricants de seaux annoncent qu'il tient jusqu'à un mois dans ces conditions : nous préférons rester prudents. Une odeur franchement mauvaise ou des moisissures colorées sont le signe qu'il faut le jeter.
Si votre robinet ne donne presque rien, ce n'est pas un problème : le seau fonctionne très bien avec peu de jus. Nous détaillons la vidange et ses fréquences dans la fiche Entretenir son bokashi. Un modèle à robinet comme le Composteur à Bokashi Confort rend la récupération du jus plus simple.
Canalisations et fosse septique : ce qu'on peut dire
Beaucoup de notices, y compris les nôtres, proposent de verser le jus pur dans l'évier, la douche ou les toilettes. C'est une bonne façon de l'utiliser quand vous n'en avez pas l'usage au jardin : plutôt que de le jeter, versez-le dans une canalisation, suivi d'un peu d'eau.
En revanche, nous ne pouvons pas vous promettre qu'il débouche les tuyaux ou qu'il entretient une fosse septique : aucune étude ne l'a montré, et les additifs biologiques pour fosse septique, en général, n'ont pas d'effet démontré à long terme. Le sujet est développé dans la fiche du guide EM Fosse septique, canalisations, toilettes sèches. Retenez simplement qu'il ne remplace ni un furet ni une vidange.
Ce que le jus n'est pas
Le jus de bokashi n'est pas un engrais complet. Pauvre en azote, il ne suffit pas à nourrir une plante à lui seul : dans un essai en pots, des plants nourris uniquement au jus dilué ont nettement moins poussé que des plants recevant un engrais classique. Il apporte surtout du potassium, un peu de phosphore et de la matière organique soluble. Voyez-le comme un complément, à côté d'un sol vivant, de compost ou de lombricompost.
Ce n'est pas non plus du thé de compost : le liquide d'un lombricomposteur, moins acide, se dilue différemment, comme expliqué dans notre fiche Récolter le lombricompost et le thé de compost. Ne mélangez pas les deux recettes.
Enfin, si votre seau reçoit beaucoup de restes de plats salés, son jus le sera aussi. Dans ce cas, mieux vaut le réserver aux canalisations qu'aux plantes en pot, où le sel s'accumule plus facilement. Nous en parlons aussi dans la fiche Quels déchets mettre dans un bokashi ?.
À retenirJamais pur, toujours au pied : 1:100 au minimum pour les plantes installées, 1:500 à 1:1000 pour les semis et les jeunes plants, à utiliser dans les 24 à 48 heures.
En résumé
Le jus de bokashi est un liquide acide, pauvre en azote mais riche en potassium, qui apporte un petit complément aux plantes s'il est bien utilisé. Diluez-le au minimum à 1:100 (1 cl par litre) pour les plantes installées et à 1:500 ou 1:1000 pour les semis, versez-le sur la terre et non sur les feuilles, et utilisez-le dans les deux jours. Le reste peut partir dans les canalisations, sans en attendre d'effet miracle. Et pour nourrir vraiment vos plantes, comptez d'abord sur le bokashi enfoui et sur un sol vivant.
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